« Mon pauvre Pacha »

« Miaou, miaou, miaou », curieux ce bruit, et c’est ce que j’entends.
Ce n’est pas le même bruit que d’habitude, c’est un bruit si faible, que je me demande si ce n’est pas une souris qui couine.
Et c’est ainsi que je relève la tête.

Et que vois-je ?
Pacha le chat qui se tient derrière la vitre de la fenêtre.
Je me lève et pars ouvrir ; rien d’extraordinaire à cela, c’est un geste quotidien que chacun nous faisons. Le chat monte sur un toit et vient nous retrouver au 1er, se love sur un rebord de fenêtre et attend. Il attend que quelqu’un soit rentré, que quelqu’un lui ouvre la fenêtre.

Entre deux rendez-vous, je reviens tout juste de Paris pour y repartir. J’ouvre alors la fenêtre. Avec le nombre des années c’est devenu un geste machinal à tel point que je n’y prête pas plus attention que cela ; et je laisse entrer l’animal, l’esprit occupé à bien d’autres choses.

Et à peine suis-je à nouveau assise, que j’entends  » Miaou, miaou « , mais toujours d’une voix faible, très faible.
Connaissant l’animal je lève une nouvelle fois la tête, peut-être sont-ils deux à être rentrés dans l’appartement ?
Peut-être une souris ou un mulot prisonnier dans la mâchoire du félin !

Rien, il est rentré seul, tout seul, et c’est alors que je voie mon animal les oreilles basses, la queue pendante avance avec délicatesse, l’œil sombre et les moustaches orientées vers les tomettes du sol.

Intérieurement, le temps d’une fraction de seconde, je réalise que quelque chose ne tourne pas rond et là, oh surprise je découvre les pattes arrière ensanglantées, j’aperçois mon animal boitillant, je lis sur son  » visage « , sur son expression, les marques de la souffrance et lis comme un appel au secours.

Désemparée, je m’approche de l’animal, le prends pour l’emmener dans la salle de bain.

Devant la souffrance de Pacha, je saisis le téléphone et appelle le premier vétérinaire, celui qui se situe géographiquement le plus près de chez nous.

  • « Bonjour Madame, voici ce qui se passe, puis-je vous apporter notre animal ? Notre chat vient de rentrer avec les pattes arrière en sang, il a du mal à se déplacer.
  • « Bonjour Madame, quel est son nom ?
  • « Pacha,
  • « Votre chat est suivi chez nous ?
  • « Je ne sais pas…
  • « Pouvez-vous venir, à 17 h30 ou à 18 h00 ? »

Et c’est alors que je ne me fais pas prier, prise d’un élan je tente de nettoyer les plaies de la dite bête, j’installe l’animal sur un cousin que je recouvre d’un sac plastique que je coupe, Je pose dessus une serviette de toilette bien douce, y installe enfin mon chat.

Puis, l’idée me vient qu’une cage de cochons d’inde pourrait faire l’affaire pour l’installer, mettre de la litière au cas où ? Prévoir si il avait faim et soif, et je remplis un bol de croquettes et un second d’eau.

Le chat se reposant, les mains lavées, il me reste à prendre un manteau, un sac, un trousseau de clés et à filer…

Il est 17h50 quand le RER s’approche de Maisons-Laffitte, impossible d’être à l’heure au rendez-vous chez le vétérinaire. Il ne reste qu’à espérer qu’une âme charitable aille chercher l’animal, me récupère et nous dépose au lieu-dit.

Le chat dans les bras, les deux pattes arrière pendantes, ensanglantées, je réussis à pousser la porte vitrée, deux personnes viennent vers moi.

  • « C’est Pacha ?
  • «  Oui, c’est lui.
  • « Venez, installez le. A-t-il un dossier chez nous ? Sa date de naissance s’il vous plaît ? »
  • « J’ai son carnet de santé, le voulez-vous ?

Et c’est ainsi que commença la consultation. Le chat fut déposé sur une sorte de comptoir, et alors que les deux femmes, le vétérinaire et son assistante, regardaient l’animal, regardaient les plaies, un sentiment de malaise envahit tout mon être et tout a coup j’entendis,

  • « Vous vous sentez mal ?
  • « Non, non mais l’entendre gémir, de voir un animal souffrir, c’est comme une personne, cela m’est très difficile à supporter. Peut-être que je suis trop sensible ! Et c’est le chat de ma fille, c’est le chat de la famille, c’est comme un membre de notre famille.

Pendant tout ce temps, je regardais le médecin des animaux, bouger les membres inférieurs, bouger d’un côté, puis de l’autre les pattes du chat. L’assistante quant à elle, tenait les oreilles d’une main et de l’autre les pattes avant et mon chat ne disait rien, entre deux petits gémissements et me regardait tel un humain.

A regarder, sans rien savoir, les secondes, les minutes ont duré un temps infini, j’étais pressée de savoir tout en ne sachant pas si j’avais envie de savoir. Quelle nouvelle allais-je apprendre ? 

Puis, tout à coup, alors que mon cœur battait la chamade, alors que j’attendais tel un condamné le verdict, j’entends,

  • « Écoutez, pour moi il y a deux fractures, ce n’est pas un chat qui a pu l’attaquer, ce ne peut être qu’un chien. Actuellement je donne des antibiotiques, il faut nettoyer les plaies et vous revenez me voir dans quelques jours. Si vous sentez que l’état de votre chat ne s’améliore pas, je vous indiquerais où vous rendre, c’est à Paris dans le 8ème Ici, nous ne pouvons rien faire. Ce genre de radio, demande un anesthésie générale, puis ensuite l’opération. »

Les bras m’en tombent selon l’expression et c’est alors qu’on m’explique comment soigner l’animal, comme lui donner les médicaments, comment suivre la prescription médical….

Etant venue avec le chat dans les bras, voyant mon embarras, on m’a gentiment prêté un sac pour le transporté et c’est ainsi que Pacha et moi sommes rentrés.

Sur le chemin du retour, j’ai appelé la « véritable » maîtresse du dit animal, je l’ai informée que tout allait bien, qu’il était soigné et que c’était un jour par un jour.

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« Femme avec le chat » – 1875

Auguste Renoir ((1841-1919) – National Gallery of Art – Washington

Rentré à l’appartement, j’ai déposé Pacha, tel un bébé, tel un petit enfant, sur un coussin recouvert d’une serviette et je l’ai caressé.

Puis comment faire ?

C’est un chat de gouttière, c’est un chat qui vit dehors, qui fait ses besoins dehors, un chat qui ne connaît pas le mot litière.

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« Chat regardant l’oiseau en cage » – 1628

Jacques Callot (1592-1635) – National Gallery of Art – Washington

Et c’est ainsi que je suis allée chercher la partie inférieure d’une cage de cobaye, cochon d’inde, c’est ainsi que j’ai réalisé qu’il me manquait de la litière. Ni une ni deux, j’ai repris mon manteau et direction le centre commercial de l’avenue principale, direction le coin réservé aux animaux, puis retour à l’appartement.

A cette heure, le chat dort, il est toujours sonné, un peu plus de 48 heures après l’incident ; je deviens une experte pour donner les médicaments, c’est-à-dire que je mets l’antibiotique dans une seringue pipette, un peu d’eau dedans et j’attends que le médicament fonde. Quand le comprimé s’est décomposé, je m’approche de l’animal, et tout en le caressant je lui glisse dans la gueule la pipette et j’appuie. S’il reste un peu de médicament je remets un peu d’eau et recommence. Pour soigner les plaies, au lieu de prendre une compresse, un peu de coton, dans une autre pipette je mets de la Bétadine et goutte par goutte, je verse du désinfectant juste au bon endroit.

Qu’en est-il au juste ?

A la grâce de Dieu, j’ai confiance en l’animal et tel un enfant, le repos, le calme, la tendresse, rien de tel pour se refaire une santé.

Ah, les chats, ah nos amis les bêtes, que ferions-nous sans eux et eux que feraient-ils sans nous ?

Et ce sont quelques écrivains qui ont laissé des phrases mémorables et riches de bon sens :

« J’aime les chats parce que j’aime ma maison. Et qu’ils en deviennent peu à peu l’âme visible. »

Jean Cocteau (1889-1963)

« Il n’y a pas de chat ordinaire. »

« A fréquenter les chats, on ne risque que de s’enrichir.  »

Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954)

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)

« Le plus petit des félins est une œuvre d’art. »

Léonard de Vinci (1452-1519)

Et comment ne pas relire le poème,

LE CHAT ET LE SOLEIL

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

Maurice Carême

Ecrivain belge (1899-1978),

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« Le chat et le rat »

National Gallery of Art – Washington

LE CHAT ET LE RAT

Quatre animaux divers, le Chat grippe-fromage,
Triste-oiseau le Hibou, Ronge-maille le Rat,
               Dame Belette au long corsage,
               Toutes gens d’esprit scélérat,
Hantaient le tronc pourri d’un pin vieux et sauvage.
Tant y furent, qu’un soir à l’entour de ce pin
L’homme tendit ses rets. Le Chat de grand matin
               Sort pour aller chercher sa proie.
Les derniers traits de l’ombre empêchent qu’il ne voie
Le filet ; il y tombe, en danger de mourir ;
Et mon Chat de crier, et le Rat d’accourir,
L’un plein de désespoir, et l’autre plein de joie.
Il voyait dans les lacs son mortel ennemi.
               Le pauvre Chat dit : Cher ami,
               Les marques de ta bienveillance
               Sont communes en mon endroit : (1)
Viens m’aider à sortir du piège où l’ignorance
               M’a fait tomber. C’est à bon droit
Que seul entre les tiens par amour singulière
Je t’ai toujours choyé, t’aimant comme mes yeux.
Je n’en ai point regret, et j’en rends grâce aux Dieux.
               J’allais leur faire ma prière ;
Comme tout dévot Chat en use les matins.
Ce réseau me retient : ma vie est en tes mains :
Viens dissoudre ces nœuds.  Et quelle récompense
               En aurai-je ? reprit le Rat.
               Je jure éternelle alliance
               Avec toi, repartit le Chat.
Dispose de ma griffe, et sois en assurance :
Envers et contre tous je te protégerai,
               Et la Belette mangerai
               Avec l’époux de la Chouette. (2)
Ils t’en veulent tous deux. Le Rat dit : Idiot !
Moi ton libérateur ? Je ne suis pas si sot.
               Puis il s’en va vers sa retraite.
               La Belette était près du trou.
Le Rat grimpe plus haut ; il y voit le Hibou :
Dangers de toutes parts ; le plus pressant l’emporte.
Ronge-maille retourne au Chat, et fait en sorte
Qu’il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant
               Qu’il dégage enfin l’hypocrite.
               L’homme paraît en cet instant.
Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite.
A quelque temps de là, notre Chat vit de loin
Son Rat qui se tenait à l’erte (3) et sur ses gardes.
Ah ! mon frère, dit-il, viens m’embrasser ; ton soin
               Me fait injure ; tu regardes
               Comme ennemi ton allié.
               Penses-tu que j’aie oublié
               Qu’après Dieu je te dois la vie ?
Et moi, reprit le Rat, penses-tu que j’oublie
               Ton naturel ? Aucun traité
Peut-il forcer un Chat à la reconnaissance ?
               S’assure-t-on sur l’alliance
               Qu’a faite la nécessité ?

Jean de La Fontaine (1621-1695)

Les fables du livre VIII (1678)

 (1) envers moi
(2) déjà dans la fable (note 2) l’Aigle et le Hibou, La Fontaine prenait une licence avec l’histoire naturelle… Ici, il parle du hibou, époux de la chouette…Le dictionnaire de Furetière précise cependant que les ducs, chats-huants et chouettes sont des espèces de hibou…
(3) au guet

4 réflexions au sujet de « « Mon pauvre Pacha » »

  1. Pauvre Pacha! On pense bien à lui.
    L’âme d’une maison ? Il y a de cela c’est vrai! Quoiqu’il en soit, cele reste une créature du Bon Dieu dont il faut prendre soin.
    Nul doute qu’il va vite se rétablir !

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