« Pleurer dans des bras »

« Nu pleurant » – 1913-14

Edward Munch – Peintre graveur norvégien (1863 – 1944)

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Il s’approcha d’elle, il allait prendre le RER, elle était juste venue l’accompagner, histoire de.
Et pourquoi, comment, il la regarda et lui demanda,

  • « Depuis combien de temps, n’avez-vous pas pleuré dans les bras de quelqu’un ?
  • « Pourquoi me demander cela ?
  • « Parce que c’est important de pleurer, et c’est important de dire ce qui tient à cœur, important de partager les joies mais aussi les peines. Pleurer dans les bras, c’est accepter d’être serré par quelqu’un, c’est se lâcher, c’est s’abandonner, c’est aussi faire confiance à quelqu’un.

En quelques mots elle venait d’être renversée, dans le sens figuré plus que propre, car elle aurait pu se faire très mal.

Abasourdie, sous le choc qu’une telle question lui soit posée, et posée par quelqu’un de si jeune, elle ne sut que répondre. Sa voix devint tremblotante et tout à coup un sentiment de mal être, tout à coup son être entier se glaça. Elle ne savait que répondre car une telle question venait de la saisir, de la paralyser.

  • « Euh, quoi, comment ? Que dire, depuis des années, des dizaines d’années peut-être. Quelle question ?

Et ne sachant que répondre, elle finit par le regarder droit dans les yeux et lui dit,

  • « Il n’y a que les enfants qui pleurent dans les bras de leurs parents, de leur mère. une mère ne peut pleurer.
  • « Vous avez tort, pleurer, se sentir enveloppé dans des bras qui vous serrent, est important est à tout âge. Croire que l’Homme est fort tout le temps est une erreur. Beaucoup de personnes jouent dans la vie. Ils font croire que, alors que !

Elle le regarda et tout à coup, reçu une phrase en pleine figure,

  • «  Dans nos familles, on ne pleure pas ! »,

Cette phrase résonnait en elle, se répétait même en boucle dans son esprit.

La tante qui venait de dire cela à une autre tante, venait tout juste de perdre son fils.

Elle réalisa en effet, ne pas se souvenir d’avoir vu pleurer les générations précédentes, c’est à dire, sa mère, ses oncles et tantes, ses grands-parents, ses grands-tantes.

Le seul qu’elle avait vu pleurer c’était son père, mais c’était spécial et tout le monde d’ailleurs disait qu’il était spécial. Il avait la larme facile et quand il pleurait avait-il seulement été pris dans des bras, là était encore la question.

Pleurer, mais pourquoi ?
Pleurer, oui, pleurer, il arrive de pleurer, pleurer de rire, pleurer parce que vous épluchez des oignons et que les yeux se mettent à piquer puis à pleurer, pleurer en lisant une histoire, un trop plein d’émotion.

Et pleurer dans les bras de quelqu’un, cela est autre chose.

Qu’est-ce que pleurer ?
Sortir, verser, extérioriser une émotion trop forte, et c’est alors que des larmes sortent des yeux et que ces larmes coulent sur le visage.

170318 Photo tableau de femme pleurant - Diodore Raoult

« Femme pleurant »

Diodore Rahoult – Peintre français (1819-1874)

Et tout à coup, elle se revoit enfant, peut-être à 7 – 8 ans, elle se revoit dans la glace parce qu’on lui demanda d’aller se regarder dans la glace, et que voit-elle, un visage boursoufflé, des joues rouges, des cheveux collés sur la moitié du visage avec les larmes, des cheveux qui tout à coup sont devenus poisseux et elle se regarde tout en hoquetant, c’est vrai qu’elle n’est pas belle, et elle n’arrive même plus à respirer, des soubresauts ont envahi tout son corps, derrière elle une adulte, qui d’un air sévère, n’a qu’un mot,

  • « Mais regarde, regarde dans quel état tu es ? Ma pauvre fille. Ce que tu es laide. »

Impossible de s’arrêter de pleurer et personne pour la consoler, personne.

Puis ils se regardent, son visage a dû blêmir, le RER est à l’approche. Ils passent l’un et l’autre avec leur carte Navigo, elle l’accompagne jusqu’en haut de l’escalator, l’embrasse et lui dit,

  • « Bonne soirée. »

Elle venait de réaliser, qu’une nouvelle fois qu’il n’était pas possible d’être super « femme » tout le temps et qu’il est des moments dans la vie ou prendre du large, prendre du recul est souhaitable et pour tout un chacun.

Pleurer, verser des larmes, accepter d’être consolé font partie de la vie et c’est ainsi.

La nature est belle, les roses sont belles, et leur odeur !
Et nous font-elles pleurer les roses ?
Peut-être si une épine mal placée sur la tige, vient vous piquer et encore ?

170318 Photo tableau de François Boucher - Jeune femme à la rose

« Jeune fille à la rose »

François Boucher – Peintre français (1703-1770)

« Il reste toujours un peu de parfum à la main qui donne des roses. »

Confucius (- 551 – 479 av. J.C.)

« Si j’étais Dieu »

Si j’étais Dieu, la mort serait sans proie,
Les hommes seraient bons, j’abolirais l’adieu,
Et nous ne verserions que des larmes de joie,
Si j’étais Dieu.

Si j’étais Dieu, de beaux fruits sans écorces
Mûriraient, le travail ne serait plus qu’un jeu,
Car nous n’agirions plus que pour sentir nos forces,
Si j’étais Dieu.

Si j’étais Dieu, pour toi, celle que j’aime,
Je déploierais un ciel toujours frais, toujours bleu,
Mais je te laisserais, ô mon ange, la même,
Si j’étais Dieu.

René-François Sully Prudhomme (1839 – 1907) – 1er prix Nobel de littérature en 1901

Extrait du recueil « Stances et poèmes » – 1865

170318 Photo tableau - Les enfants de Niobé tués par Appolon et DIane 1772 d'Anicet Charles Gabriel Lemonnier 1743-1824

« Les enfants de Niobé tués par Appolon et Diane » – 1772

Gros plan sur le centre du tableau

d’Anicet-Charles-Gabriel Lemonnier – Peintre (1743-1824)

 

Extrait du conte philosophique « Les Deux Consolés »

 Le grand philosophe Citophile disait un jour à une femme désolée, et qui avait juste sujet de l’être :

« Madame, la reine d’Angleterre, fille du grand Henri IV, a été aussi malheureuse que vous : on la chassa de ses royaumes ; elle fut prête à périr sur l’Océan par les tempêtes ; elle vit mourir son royal époux sur l’échafaud.

— J’en suis fâchée pour elle,

dit la dame » ; et elle se mit à pleurer ses propres infortunes.

« Mais, dit Citophile, souvenez-vous de Marie Stuart : elle aimait fort honnêtement un brave musicien qui avait une très belle basse-taille. Son mari tua son musicien à ses yeux ; et ensuite sa bonne amie et sa bonne parente, la reine Élisabeth, qui se disait pucelle, lui fit couper le cou sur un échafaud tendu de noir, après l’avoir tenue en prison dix-huit années. — Cela est fort cruel, répondit la dame » ; et elle se replongea dans sa mélancolie…

  François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778)

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