« Souvenir, souvenir »

  • « Maman, maman, on a cassé la lampe de chevet, tout est par terre. Il y a même des bouts de verre, sur le tapis. »

Et c’est ainsi que ni une, ni deux, la maman monte les marches de l’escalier 4 à 4.

  • « Que se passe-t-il ? »
  • « Rien, maman c’est une blague, c’est un poisson d’avril. »
  • « Comment, vilains chenapans, vous avez osé me faire monter,« hou », vous exagérez vraiment beaucoup. »

Et c’est ainsi que de bon matin la journée commence.

170401-poisson-davril-peint-rouge-et-vert.png

Le soir tout le petit monde se retrouve, chacun ou chacune est revenu de son travail, ou de l’école, l’heure du diner est arrivée et c’est le moment de passer à table.

Le potage est à peine servi dans les assiettes, qu’on entend Hugo, le père, poser la question à Pierre,

  • « Alors Pierre, tu as bien travaillé aujourd’hui ? »

Et la mère, Jeanne, rajouter,

  • « Oui, mon chéri, tu n’attendais pas des notes ?
  • « Euh, Papa, maman, j »ai eu un 3 sur 10 en calcul »,
  • « Comment, mais tu te moques de qui, là ? « 
  • « et moi un 2 en dictée »,
  • « et toi, Louise, comme tes frères, tu as eu une mauvaise note, je suppose ? Jamais deux sans trois. Quelle note as-tu eu ?

Et c’est ainsi que Jeanne, d’une voie douce et qui se veut rassurante se rapproche de sa fille et dit,

  • « Ma chérie, n’attendais tu pas une note en histoire et une autre en français ? »
  • « Je ne sais plus, moi. Vous les notes, il n’y a que cela qui vous intéresse, les notes, les notes, toujours les notes, comme si vous nous aimiez en fonction des notes. »

Puis tout à coup, alors que l’atmosphère a subitement changé, alors qu’un poids semble avoir envahi la pièce, que les visages se soient fermés et c’est ainsi que tout à coup, qu’Hugo le père, se lève, s’énerve, et tout à coup lance, à qui veut l’entendre, qu’il lance d’une voix tonitruante due à l’agacement, ces mots,

  • « Allez me chercher vos devoirs et tout de suite et que cela file, je n’ai pas que cela à faire, moi. »

Sans « moufter » les trois enfants, baissent la tête, se lèvent, vont chercher leur cartable.

Pas d’opposition particulière, comme si tout à coup une complicité s’était installée entre eux.

Tous les trois, à la queue leu leu, ils sortent de la salle à manger et vont chercher chacun leur cartable respectif.

De loin, on entend comme des chuchotements, des chuchotements incompréhensibles à plus de 3 mètres.

  • « Il ne va pas être déçu, papa, »
  • « Tu as raison Pierre, ils ne vont pas être déçus les parents. 
  • « Ils s’énervent tout le temps et surtout papa. »
  • « Et toi petit frère, t’as eu combien en calcul ? T’as eu 10 sur 10, hein ?
  • « Oui, et j’ai même eu deux 10, un en calcul et un en problèmes. »
  • « Ouah, ouah, tu gères « grave » toi, on va rire, quand ils vont voir, on va voir leurs têtes. »
  • « Qu’est-ce que vous manigancez encore tous les deux ? »
  • « Oh, Louise, tais toi ! Tu verras. »
  • « Vous jouez tout le temps, maman vous dit de travailler et vous n’obéissez pas. »
  • « Rien c’est entre Paul et moi. Et mademoiselle a eu encore deux 20, c’est cela ou je me trompe ? »
  • « Pierre, moi je suis avec vous. »
  • « Oh petite sœur, c’était pour te faire marcher. Tu as dû avoir de bonnes notes, hein ! « 

Et 5 minutes après, les trois chenapans arrivent têtes baissées devant la table de la salle à manger, et chacun dépose au centre de la table ses derniers devoirs et va s’asseoir.

Entre temps, avant de prendre les derniers devoirs, ils ont retrouvé des devoirs avec une mauvaise note, un devoir pour l’an passé pour Paul, un du début  d’année pour Pierre et ils ont maquillé un devoir de Louise, en effaçant le 0 du 20.

Ils apportent donc des copies avec les anciennes et les récentes.

Hugo, quelque peu énervé par le côté désinvolte des enfants commence à prendre une copie, et devant le 2 de sa fille, se met à hurler, à tempêter au maximum. Plus rien n’existe, il regarde le deux, la date, le commentaire, rien n’y fait, il voit le « deux » écrit en rouge.

Devant l’ampleur du désastre, de ce qui voulait être une blague, une de 1er avril, tous ensemble, tous en chœur, se lèvent et se mettent à hurler

  • « Poisson d’avril »

170401-poisson-davril-peint-rouge.png

Dans la seconde qui suit, Jeanne part d’un éclat de rire et le transmet aux enfants. Hugo, part sans dire un mot.

Tel un éclair, les rires s’arrêtent, il n’est plus à l’heure de sourire, il n’est plus le moment de s’amuser, la plaisanterie n’a pas du tout plu.

Jeanne, va chercher son époux qui revient un sourire forcé aux lèvres.

  • « Le potage va être bien froid, quel est le gentil garçon qui va à la cuisine, et le faire chauffer un peu ? »
  • « J’y vais maman. »

Et c’est dans le calme, sans un bruit que le repas se termine.

Au moment du dessert, Paul, trouvant certainement que personne ne parlait, se décide à poser une question,

  • « Pourquoi, les adultes, ne rient pas pour les blagues ? »
  • « Ah, mon chéri, peut-être parce qu’à certains moments l’adulte, comme tu sais si bien le dire, peut-être que l’adulte est fatigué, qu’il a des soucis. »
  • « C’est difficile d’être adulte maman ? »
  • « Non, mon Paul, c’est comme tout, cela s’apprend, pas forcément dans les livres, mais en observant, déjà ses parents, ses grands-parents, les oncles, les tantes, les membres de la famille, mais aussi les amis, en lisant. On apprend beaucoup en lisant, on découvre des façons d’être, de vivre, on découvre. Si tu veux on en reparlera et plus au calme. »
  • « Et pourquoi, il n’y a que les notes qui intéressent les adultes ? »
  • « Chut, tais-toi, tu voies bien que c’est pas le jour Louise. »
  • « Pierre, je répondrai à ta question à un autre moment. Enfin, en deux mots, ton père, ta mère, tes parents t’aiment, ils veulent le mieux pour toi ; que tu développes tes capacités et dans tous les domaines ; on en reparlera, ce n’est pas le moment. »
  • « Pierre, maintenant on se lève, et tu débarrasses la table, ton petit côté raisonneur est déplacé et tu m’apporteras tes notes et ce que tu as fait durant la semaine à l’école. »

Sans dire un mot de plus, chacun prend, son assiette, ses couverts et va se diriger vers le lave-vaisselle et on entend,

  • « Ah, les adultes, qu’est-ce qu’ils sont compliqués ? »

Et le 1er avril, ce sont les enfants qui dessinent des poissons d’avril et qui les découpent ensuite pour les coller avec un bout de scotch sur les vêtements des adultes.

Que de rires, que de sourires, que de joie à chercher à coller le plus de poissons et sans se faire prendre. Et voir, les poissons accrochés, que de rires encore, le visage caché à moitié par les mains jointes… ah la jeunesse et son innocence !

170401 Poisson d'avril peint

Et ce sont quelques artistes qui grâce à leurs plumes viennent nous raconter ce qu’est un poisson d’avril.

« Poisson d’avril »

Un poisson d’avril

Est venu me raconter

Qu’on lui avait pris

Sa jolie corde à sauter

C’était un cheval

Qui l’emportait sur son cœur

Le long du canal

Où valsaient les remorqueurs

Et alors un serpent

S’est offert comme remplaçant

Le poisson très content

Est parti à travers champs.

Il saute si haut

Qu’il s’est envolé dans l’air

Il saute si haut

Qu’il est retourné dans l’eau.

Boris Vian – Ecrivain, poète, parolier, critique,

Musicien de jazz, directeur artistique (1920-1959)

170401 Sculpture - La petite sirène de Copenhague - Poisson d'avril

« La petite sirène de Copenhague » – 1913

Statue de bronze – Parc Churchill dans le port de Copenhague

Edward Eriksen – Sculpteur danois (1876-1952)

« Poisson d’avril »

« J’ai vu 3 chats bleus, à la queue leu-leu

Marchand sur un fil….. Poisson d’avril !

J’ai vu un chameau faire du vélo

Tout autour d’une île….. Poisson d’avril !

J’ai vu un gros ver en hélicoptère

Traversant la ville….. Poisson d’avril !

J’ai vu une vache avec des moustaches

Et de très longs cils….. Poisson d’avril !

J’ai vu 10 corbeaux assis sur le dos

D’un gros crocodile…. Poisson d’avril.

Paul Lefévre Géraldy, dit Paul Géraldy – Poète (1885-1983)

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