« A côté de chez nous »

« Intérieur » – Collection particulière – Charles Tranchand – Peintre angevin (1884-1955)

Il est des histoires à faire pleurer, il est des gens non loin de nous, oh oui des gens, des personnes qui ne font pas de bruit, parce qu’ils sont d’une autre époque, parce qu’ils sont issus d’une famille où se plaindre ne se faisait pas.

Il y a quelque temps de là, j’essayais d’appeler Madame F., dite « Raymonde », une femme seule, une femme célibataire née en 1932, c’était il y a 2 ans, elle venait de fêter ses 83 ans et c’est à cette période que tout bascula vraiment.

Régulièrement, après que les enfants soient devenus grands, elle continuait de venir nous voir, elle venait même passer un, deux, voire même trois, quatre jours. A chaque fête, chaque anniversaire, elle était présente.

Et comme souvent, j’appelle, une fois, deux fois, 10 fois, rien.
Personne ne décroche.

L’appartement situé dans une résidence, je regarde sur les pages jaunes et trouve au numéro de sa rue, un numéro pour cet immeuble qui appartient à la ville de Paris, avec des loyers modérés.

Je compose le numéro de téléphone et par chance, au bout de 3 sonneries quelqu’un décroche.

  • « Bonjour Madame, c’est Madame D. »
  • « Madame D., la maman des 3 petits ? »
  • « Oui, c’est cela, les enfants, disons que les petits ont grandi, le grand vient de fêter ses 18 ans et le dernier a 13 ans. Je cherche à joindre Raymonde F. la dame du 5ème étage, mais personne ne répond. »
  • « Ah oui, c’est normal, elle est l’hôpital. »
  • « A l’hôpital ? »
  • « Oui, vous avez bien entendu Mme D., elle est à l’hôpital, elle perd complètement la tête, elle n’a pas de famille et je pensais à vous, mais je n’avais pas vos coordonnées.  Je me disais que peut-être, vous aimeriez savoir ! »
  • « Mais que se passe-t-il ? »
  • « Elle perd la tête, on ne peut la garder. L’autre jour elle a mis le feu à son appartement. Mais que voulez-vous, on ne m’écoute pas. Elle a laissé un torchon sur la plaque électrique et je vous laisse imaginer, il a pris feu… on a dû appeler les pompiers et actuellement elle est hospitalisée à la clinique Sainte P. »
  • « Merci Madame. »

Avant de raccrocher, la brave concierge prend mes coordonnées, je prends son nom.

Dans les jours qui suivent, le samedi suivant je me rends à la dite clinique et vais rendre visite à Raymonde.

Après être allée à l’accueil, je grimpe les escaliers et arrive devant la chambre de Raymonde.

Toc, toc, dit la « caméléonne »,

  • « Entrez ! », entend-on !
  • « Bonjour Madame. Ah, j’ai dû me tromper de chambre, ce n’est pas la chambre numéro 25 ? Raymonde F. n’est pas là ! »
  • « Si, c’est bien là Madame, elle est sortie faire un tour dans le parc de la clinique, il fait si beau, le soleil brille. »

Et c’est ainsi que je fais demi-tour, que je fais, cette fois, le chemin à l’envers.

Une fois dehors, M. qui est devenu un grand de 18 ans, m’a rejoint et nous allons l’un et l’autre chercher la dite dame dans ce parc ou hospitalisés, avec leur famille, leurs amis profitent des premiers rayons de soleil du printemps.

Retrouvailles, embrassades, accolades, tout y passe.
Et c’est ainsi que sourire aux lèvres, mine réjouie, que nous sommes accueillis. Si pour certains elle a « perdu » la tête, elle nous reconnaît sans difficulté.

  • « Bonjour Mémo dit M. »,
  • « Bonjour mon chéri, que tu es un bel homme. Et tes notes ? Et l’école ? »
  • « Bonjour »,

Dis-je aussi, en réalité, je ne sais trop comment l’appeler, elle fait comme partie de notre famille, parfois, comme les enfants et O. je l’appelle « Mémo », ce prénom que les enfants lui ont donné alors qu’ils commençaient les uns et les autres, tout juste à parler.

  • « Mais vous nous avez fait peur. Depuis combien de temps êtes-vous là ? »
  • « Oh, je ne sais plus, depuis… Mais cela n’est pas important. C’est vous, ce sont les enfants, l’important et qu’est-ce que je suis contente de vous revoir. Qu’est-ce que vous êtes gentille de venir me voir, et vous qui avez tant à faire ! »
  • « Mais non, c’est normal. Les petits deviennent grands, et nous tous, nous vous aimons tous, nous vous devons beaucoup. »

Et tel le petit chaperon rouge, d’un petit panier bien garni nous sortons pâtisseries et jus de fruits, et tout en goûtant, nous profitons dans la joie et la bonne humeur des premiers rayons de soleil, au milieu d’un jardin fleuri et noir de monde.

 

170406 Le pommier en fleur le 06-04-17

Puis le temps passe, les mois, les années, régulièrement elle vient, elle vient de moins en moins car elle ne peut se déplacer seule, elle se perd même.

L’an dernier, pour Pâques, B. est allée la chercher. Je ne sais ce qui s’est passé, mais en moins de temps qu’il faut pour le dire, elle avait disparu. B. affolée, m’appelle,

  • « Maman, Mémo a disparu. Nous étions à Saint Lazare, elle a disparu, je ne sais où elle est, j’ai cherché partout, je la trouve nulle part. »
  • «  Ma chérie, en te rapprochant des quais, tu auras peut-être une chance, on va surtout prier pour que son ange gardien fasse que vous vous retrouviez. »

Puis le temps passe, rien, et tout à coup, un appel,

  • « Maman, je suis avec Mémo, on vous retrouve à l’église, on arrivera en retard. »
  • « Ce n’est pas grave, ma chérie, c’est déjà tellement gentil d’être allée la chercher. »

Et le temps passe, régulièrement l’un, l’autre téléphone, si ce n’est pas elle, qui nous appelle, nous appelons et à tour de rôle.

  • « Comment vont les petits ? Ils ont des bonnes notes à l’école ! »
  • « Oui, tout va bien, ils grandissent. »
  • « Et le petit chou-chou, lui aussi grandit, il a 13, 14 ans, et maintenant 15 ans. »
  • « Oh, quelle chance vous avez, ils sont vraiment mignons, je me souviens, quand ils étaient petits, je me souviens quand je venais les voir, ah j’aimais à m’en occuper. »

Et à chaque fois c’est le même discours, à chaque fois qu’elle les voit,

  • « M., c’est toi, qu’est-ce que tu as grandi ? Tu es devenu un beau jeune homme. Et toi B. une belle grand fille, tu ressembles à ta maman. Et toi, tu es le petit chou. »

Rien de tel, pour énerver les jeunes, qui entrent dans l’adolescence.

Il y a trois mois, alors que je venais chercher pour la « X » ème fois Raymonde, pour l’emmener passer une semaine chez nous au moment de Noël, je « tombe nez à nez » avec Madame P. la concierge.

  • « Bonjour Madame, vous me reconnaissez ? »
  • « Oui, vous êtes Madame D., la maman des 3 petits ? »
  • « Enfin, oui, si vous le dites, des 3 grands maintenant. »
  • « Vous allez voir Madame F. ? »
  • « Oui, et j’allais vous dire qu’elle venait passer quelques jours pour les fêtes, comme cela elle ne sera pas seule. »
  • « Cela ne va pas, on ne va pas pouvoir la garder, elle « perd la tête, elle dérange tout le monde, et l’hygiène. Et puis, je ne suis pas d’accord avec la curatrice, elle veut que Madame F. reste là, moi, je dis que non.  Enfin, vous allez voir vous-même, et l’hygiène !!! »
  • « Merci, de l’information, je regarde ce que je peux faire. Au revoir Madame P. et bonnes fêtes de fin d’année. »

Et c’est ainsi que nous terminons notre discussion, c’est ainsi que je monte dans l’ascenseur et arrive au 5ème étage où Madame F. m’attend.

Rien de particulier, l’appartement est propre, la salle de bain est propre, aucun désordre, aucune poubelle qui déborde, tout est calme et peut-être même trop calme.

Et les fêtes se passent dans la joie et la bonne humeur. Il est déjà l’heure de rentrer, de retourner.

Au fond d’elle-même, une certaine tristesse, elle repart avec les bras chargés et trouvait qu’elle n’avait rien apporté, ce qui était faux étant donné qu’elle avait reçu de la mairie une valise rouge avec quelques boites de conserves dedans, qu’elle n’a jamais voulu garder et qu’elle nous a offerte.

 

170406 Cadeau Mémo, NOel 2016

Avec un peu plus de temps que d’habitude, je profite des nouvelles vacances de février pour aller la chercher. A nouveau, je rencontre Madame P.

  • « Ah, que c’est dommage, Madame K. la curatrice, vient tout juste de partir. Nous nous sommes encore disputées. Je veux qu’elle place Madame F. dans une maison, elle ne doit pas rester là. »
  • « Donnez-moi le nom et les coordonnées de cette curatrice et je vais m’entretenir avec elle, nous allons discuter et verrons ce qui est opportun ou non de faire. »

Rapidement, j’ai coupé court à la conversation. Je suis repartie avec un nom et un numéro de téléphone.

Puis si tôt dit, si tôt fait, j’appelle la dite dame.

  • « Allo, bonjour, Madame K ! »
  • « Oui c’est moi, bonjour Madame. »
  • « Je suis Madame D. une amie de Madame F. qui demeure résidence « Paris Bonheur » dans le 9ème»
  • « Oui, je voie très bien, il y a une photo de toute votre famille chez Madame F. Oui, elle me parle des enfants et de vous. »
  • « Madame, j’aimerai que nous puissions nous rencontrer, car Madame F. ne semble pas avoir le minimum vital. J’ai regardé son réfrigérateur, elle n’a rien à manger, elle n’a pas d’argent. Elle me dit qu’on lui a tout pris. Que puis-je faire ? Je pense que l’emmener chez un dentiste ne serait pas un luxe, ses dents sont dans un état, également chez l’ophtalmologiste… Avez-vous une carte vitale ?»

Et c’est ainsi que j’ai pu rentrer en contact avec elle et que nous avons fixé un rendez-vous, et le rendez-vous ce mardi 4 avril.

Entre temps, je récupère sa feuille d’adhésion à l’assurance maladie, je prends contact avec des spécialistes non loin de son domicile. Nous allons voir un dentiste, je demande un devis que j’attends toujours, nous allons chez l’ophtalmologiste, une opération de la cataracte serait souhaitable, changer les verres des lunettes… Bref, des soins sans mutuelle, c’est même impensable.

Je tente tant bien que mal, d’apporter un peu de réconfort à cette dame aujourd’hui âgée de 85 ans et qui se fait déjà une joie dès qu’elle me voit.

Rendez-vous pris, rendez-vous fait, et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvées à trois dans le petit appartement de Madame F. ce mardi 4 avril, enfin, appartement, grand mot, pour un studio qui doit mesurer au grand maximum 15 mètres carré.

Et lors du rendez-vous, stupeur, j’apprends que,

  • par la ville de Paris, et en fonction de ses finances, on lui apporte un seul repas par jour, le repas du déjeuner,
  • elle n’a pas un centime, que sa carte de retrait ne fonctionne pas, et que depuis des semaines elle n’a pas retiré un centime et donc qu’elle ne mange pas à sa faim,
  • après avoir ouvert les placards, nous constatons que tout tombe en décrépitude,
  • la porte de sa chambre, car c’est plus une chambre avec une salle de bain qu’un studio, qu’elle n’a plus de clés et que la porte est ouverte jour et nuit,
  • elle n’a pas de carte vitale,
  • elle n’a pas de mutuelle,
  • bref, tout va à vau-l’eau.

Alors là le mot « Mutuelle » me fait bondir de ma chaise. Je pensais qu’au moins, depuis notre dernière conversation téléphonique que vous aviez agi dans ce sens, et là c’en est trop et je ne peux que crier au scandale, et là je lève le ton.

  • « Attendez Madame, vous me dites que Madame F. n’a toujours pas de mutuelle, ai-je bien compris ? »
  • « Oui, elle n’a pas encore de mutuelle. Madame F. est sous curatelle, ce qui signifie, qu’elle est capable de signer, et comme elle peut signer … »

Et là, je ne sais si j’ai changé de couleur, mais je voie rouge, vert, jaune, j’explose. Enfin, j’explose intérieurement, car je veux en savoir plus et que c’est en restant calme que j’aurais une réponse à mes interrogations, qui sont plus que de simples questions.

  • « Si j’ai bien compris, je répète, Madame F. n’a pas de mutuelle à 85 ans, alors que le monde entier est affilié à nos caisses, que vous arrivez de l’autre bout du monde et que dans la seconde qui suit, vous avez accès à tous les soins, à tous les médicaments, on vous donner même une carte avec de l’argent de poche… et elle qui a travaillé durant 40 ans et plus, et comme elle a travaillé dans le privé, comme institutrice, elle a quelques centaines d’euros par mois pour vivre. Ai-je bien compris ? »
  • « Oui Madame, elle doit signer. »
  • « Et vous lui avez fait signer à Madame F. ce papier ? »

Et sur ce, je m’adresse à Raymonde, et calmement lui explique, et lui dit qu’il est important d’avoir une mutuelle. Dans la minute qui suit, elle signe un papier.

Puis, je demande à ce qu’on lui fasse une carte vitale et là j’entends,

  • « Elle n’a pas de médecin référent. »

Là, je me dis intérieurement, ce n’est pas possible, je dois rêver, et je reprends mon carnet et marque, liste, tous les dysfonctionnements,

  • trouver un médecin référent,
  • prendre rendez-vous chez ce médecin,
  • faire faire des photos d’identité,
  • chercher de l’argent et remplir le réfrigérateur,
  • voir pour les clés de la dite « chambre »,
  • les placards qui tombent en décrépitude,

Du coup, voyant la liste s’allonger, voyant que ma charmante Raymonde, Mémo pour les intimes, n’a pas 24 heures sur 24 toutes ses facultés, voyant que la pauvre dame, ne veut ennuyer personne, j’informe que je prends en charge, momentanément l’urgence.

Je voie avec Madame K. que Madame F. puisse avoir allocation APA., une allocation spécifique pour les personnes âgées, et ce afin que le département puisse lui financer une aide à domicile au moins 2 heures par semaine et quelques avantages bien mérités à son âge…

A la fin de cet entretien qui a duré 1 heure 30, trois fois plus ou même dix fois plus que les autres visites de la curatrice, qui rencontrait Madame F. dans un bout de couloir, il en est ressorti qu’elle

  • va avoir une nouvelle carte vitale,
  • aller chez un photographe pour des photos d’identité,
  • un médecin référent,
  • une mutuelle,
  • un dossier APA d’ouvert,
  • une carte bleue avec la possibilité de retirer 50 € par semaine,
  • l’espoir de récupérer des clés pour la dite chambre,
  • une personne 2 heures par semaine pour faire le grand ménage,

Et hier, mercredi 5 avril je suis revenue, nous avons l’une et l’autre déambulé dans Paris, elle était ravie, moi aussi de son sourire, de la savoir heureuse.

Mais avant, qu’elle ne fut pas ma surprise,

  • « Madame D., cela va être difficile pour moi, de marcher. »

Souvent, elle m’appelle ainsi, alors qu’elle appelle mon époux, par son prénom. Je ne pense pas qu’un jour qu’elle ait prononcé mon prénom. Quand elle parle de moi aux enfants, c’est « Votre maman, ta maman… »

  • « Pourquoi, dites-vous cela ? »
  • « Comment ? Mais pourquoi n’avez-vous rien dit à Madame K ? »
  • « Je ne sais pas, je n’ose pas, et je n’ai pas d’argent. »

Intérieurement, je me dit, « Mais ce n’est pas possible, je rêve,… »

Et ni une, ni deux, alors qu’elle me montre ses chaussures, je lui dis,

  • « Stop, si vous permettez Mémo, je vais m’occuper de vous et ne vous inquiétez pas, tout va aller. Ils sont bien mal tombés avec moi. On nourrit le monde, et vous ils vous laissent « crever », vous êtes d’accord, vous êtes abandonnée. »
  • « Mais non, je ne suis pas abandonnée, j’ai vous, vos enfants, votre mari, vous savez combien je vous aime tous, vous êtes ma famille. »
  • « Oui, mais…. »

Ah, si je pouvais !

  • « Mémo, puis je vous prendre en photo, en photo avec vos chaussures, et on va lui envoyer à Madame K. »

Et c’est alors qu’elle se prend au jeu. On enlève les chaussures comme elle avait fait précédemment, pour me montrer.

170406 Chaussures de Mémo le 05-04-17

170406 Chaussures de Mémo en gros plan

Puis nouvelle surprise, elle lève son pull, ses deux pulls et me montre son chemisier déchiré…

170406 Chemisier et jupe de Mémo

Je suis effondrée de tant de misère et une nouvelle fois je lui demande l’autorisation, de prendre la photo, et des photos avec sa tête, pour que Madame K, voie, qu’elle voie bien que je n’invente pas.

Prise dans un élan, j’ouvre les placards qui semblaient en bon état, car fermés, mais tout cela n’est que décor.

170406 Cuisine de Mémo le 05-04-17

Et de surprises en surprises, je découvre, qu’il n’y a pas de plafonnier, qu’elle n’a pas de lampe de chevet, que la lumière est côté cuisine, au-dessus de l’évier et j’apprends que la nuit, elle est éclairée, une fois dans son lit, uniquement par les lampadaires de la rue.

Dans les minutes qui suivent, Madame K, reçoit de ma part, un nouveau courriel.

Elle en avait reçu un hier rappelant notre entretien et ce jour, elle reçoit des photos et une demande urgente d’être rappelée sur mon mobile et aussi une demande de fonds supplémentaires exceptionnels.

Oh, il devait être 13h30 quand j’ai envoyé mon courriel, à 14 heures 15, je reçois un appel, m’annonçant, que Madame F. avait 100 € à dépenser, les 50 € reçus la veille et qu’on pouvait retirer avec sa carte 50 € à nouveau ce jour.

Comme j’ai tenté de l’expliquer à Madame K, les pieds d’une dame « âgée », la stabilité d’une dame de 85 ans, ne sont pas les mêmes, que ceux d’une « jeunette » de 25 ans, et qu’aller acheter des chaussures chez Damart, n’est pas un luxe et que ce n’est pas le même prix. Trouver des chaussures à 10 € pour une personne qui a des problèmes de stabilité, relève de l’impossible.

A-t-elle entendu ?

Veut-elle entendre ?

Peut-elle entendre ?

Là, est encore une nouvelle histoire.

Et bras dessus, bras dessous, nous sommes parties. J’étais très ennuyée de la savoir avec de tels « godillots » aux pieds, de la savoir si mal vêtue alors qu’extérieurement, il n’y avait rien à redire, donc impossible de le deviner, car quand on a un peu d’amour propre, on cache et c’est normal.

Et quand elle me dit,

  • « Vous savez ce qui me fait le plus mal ? »
  • « Non, dites-moi ! »
  • « Si je suis hospitalisée d’urgence, on va voir mes vêtements usés. »

Si elle avait mal, si elle a mal, j’ai comme reçu une flèche dans le cœur, c’est comme si moi-même j’étais transpercée en ressentant cette femme, toute mignonne, toute douce, haute comme trois pommes, s’ouvrir ainsi parce qu’elle n’a plus rien. Cette femme qui se trouver comme dépouillée de tout.

Et elle qui venait, voir les enfants jusqu’à il y a… elle arrivait après une heure de métro, de RER, elle venait de Paris et jusqu’à Maisons-Laffitte, traversant Paris, elle arrivait, toujours le sourire aux lèvres avec un petit cadeau pour les enfants, avec une tablette de chocolat noir biologique, ou des petits sachets dans lesquels elle avait pris le soin de mettre avec quelques carrés de chocolat, des noix, des noisettes, des graines de tournesol, des amandes, des raisins secs, deux dattes, trois figues … offrant à chacun son petit sachet, et disant,

  • « Tu mets dans ton cartable, et si tu as faim, tu en prends, c’est bon pour ton cerveau, tu grandis. »

170406 Chocolat graines.jpg

Première étape de ce 5 avril, la pharmacie et la plus proche, et demander le nom d’un médecin du quartier « sympa », et nous sommes ressorties avec une liste et trois noms cochés au Stabilo jaune.

A peine hors de la pharmacie, à peine dans la rue, Mémo à mon bras gauche, mon smartphone dans la main droite, j’ai appelé, le 1er médecin.

Pas de chance, il ne prend plus de nouveaux patients.

Puis le second, « ouf », un rendez-vous de libre à 16 heures 30.

Bras dessus, bras dessous, on a regardé les vitrines des magasins, on est allé à la première supérette biologique du quartier et avons fait le tour des rayons. Peu à peu le panier se remplissait, oh pas tant que cela.

Elle me disait,

  • « Oui pour mon petit déjeuner, oh non c’est trop cher. »

Alors là je disais non, cette fois, c’est moi qui décide, vous acceptez enfin mon aide, et vous allez voir… et le sourire aux lèvres ont riaient comme deux folles. Et pour finir,

  • « Avec vous on ne rigole pas, il faut suivre.»
  • « Mais, c’est parce que je vous aime Mémo, parce qu’on vous aime. Vous avez besoin de reprendre des forces. Si vous êtes fatiguée, c’est parce que vous n’avez pas le minimum. »

Et d’un air contrit, elle acquiesçait.

Le sac rempli de flocons d’avoine, de deux bananes, de quelques dattes, de pain muesli aux canneberges et autres fruits secs, un morceau de fromage de chèvre, deux tomates, elle en rêvait, de deux pommes, d’une tablette de chocolat noir, de tout ce qu’elle aime nous sommes sorties.

Dans ses yeux, tels des yeux d’enfant, je voyais le bonheur, comme si c’était Noël. Ce même sourire, ce même regard émerveillé de la vie.

En un instant, je retrouvais la Mémo qui est chez nous, au milieu de nous tous.

Et souvent, nous en avons parlé, avec les enfants, et si on la prenait chez nous.

Ah si cela était possible !

Mais il y a mon travail, la place,…

Aujourd’hui ce n’est pas possible.

Espérons qu’un jour, le jour où j’aurais de la place et une personne pour ne pas qu’elle soit seule durant la journée.

Ah la  vie !

Et la suite au prochain épisode.

C’était « A côté de chez nous. »

Une réflexion au sujet de « « A côté de chez nous » »

  1. Très touchée par ton histoire que ‘ai entendu tant de fois. C’est peut-être une assistante sociale que tu pourrais consulter avec cette dame : touche-t-elle ce à quoi elle a droit comme retraite et/ou minimum vieillesse ? J’ai toujours été sidérée de voir que certaines personnes ne touchaient pas la retraite pour laquelle ils ont cotisé ! Pour les vêtements, il y a des vestiaires où l’on peut trouver des choses correctes et en bon état, en toute discrétion, demande à sa paroisse par exemple.

    Je t’embrasse ainsi que ta vieille amie très attachante. Grannysolange

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