« A côté de chez nous » Suite N° 1

Et je suis retournée à Paris, avec dans mon sac quelques produits ménagers, de quoi donner un coup de neuf à l’appartement.

Comme toujours j’ai été accueillie avec le sourire aux lèvres, sa bonne humeur, et toujours aussi ses mêmes phrases,

  • « Mais pourquoi faites-vous cela pour moi ? »
  • « Mais parce qu’on vous aime, parce que vous êtes importante et que de vous savoir dans ces conditions est inacceptable. »
  • « Mais vous avez autre chose à faire. »
  • « Toute ma famille se porte bien, les enfants ont ce dont ils ont besoin. »

A peine arrivée, je lui demandais  d’ « enfiler » un manteau pour aller faire des courses, acheter des chaussures. Et ce fut plus difficile qu’on ne peut l’imaginer,  non par manque de souplesse mais tout simplement par le fait que la doublure du manteau est dans un tel état, que trouver le trouver pour enfiler le bras, était compliqué et que nous avons dû nous y rependre à deux et même trois fois pour chaque manche.

Si extérieurement, le manteau pouvait sembler convenable, l’intérieur était en très mauvais état, doublure usée, décousue, et même à certains endroit déchirée, si bien que la pauvre dame n’arrivait pas à glisser son bras dans les manches.

Nous en avons ri, oh jaune pour moi, devant tant de misère.

Et quand je pense que parfois on va se plaindre parce qu’on ne s’achète pas tel ou tel vêtement, qu’on ne s’offre pas telle ou telle fantaisie, …

Une fois habillée, nous sommes sortie et direction, la station de métro la plus proche. Nous avons rechargé la carte Navigo pour le mois d’avril,  puis pris le premier métro de la ligne 9 et en direction de la station Auber pour l’emmener dans une parapharmacie, située non loin de Saint Lazare et qui a la réputation d’être connue « bon marché ».

Parapharmacie, toujours bondée de monde, nous avons cependant réussi à nous frayer un chemin et à monter au 1er étage ou se trouve le rayon orthopédique.
Avec deux personnes en charge de la vente, nous avons dû cependant attendre et attendre. Ma chère amie, commençant à faire des commentaires sur les uns et les autres, je n’avais de cesse, que de lui demander de baisser un peu d’un ton. Je voyais autour de nous les visages se retourner vers nous, nous regarder, comme si nous étions d’un autre monde.

Aujourd’hui Raymonde fait partie de ces personnes pour qui rien n’est grave, pour ces personnes que rien ne gêne, pour ces personnes qui s’expriment comme bon leur semble. Tout est sujet à parler et plus il y a d’auditeurs, plus elle exagère ses propos. Est-ce exact ? Est-ce une interprétation ? Est-ce un fait du hasard ?

En attendant, pour celui ou celle qui accompagne, c’est quelque peu déstabilisant si on ne dépasse pas le 1er degré, car ces réflexions, ces mots, ces phrases mettent mal à l’aise et tout à coup, on devient le centre d’attraction, comme dans une foire.

Après un temps d’attente certain, un monsieur, vêtu d’une blouse blanche s’est approché de nous et nous a demandé ce que nous cherchions.

  • « Des chaussures pour Madame, Monsieur, des chaussures confortables et avec une bonne assise. Deux, trois centimètres pour le talon et d’un coût, le moins cher possible. »

Le vendeur, nous a gentiment apporté deux paires de chaussures. Pas de choix, la taille était trop petite ou trop grande. Notre Raymonde trouvait toujours à redire quelque chose et c’est ainsi que nous sommes reparties bredouilles.

Le positif dans tout cela, j’ai surtout appris qu’avec une ordonnance du médecin qu’il était possible d’avoir des chaussures stables pratiquement gratuitement et qu’il suffisait pour ce faire d’avoir une prescription médicale.

Puis l’heure avançant, lui trouvant la mine fatiguée, je l’ai invitée à prendre une omelette.

Toujours bras dessus, bras dessous nous avons marché, déambulé dans Paris. Elle regardait les immeubles, les vitrines des magasins, ses yeux étaient écarquillés, elle observait comme si elle débarquait d’un avion, comme si c’était la première fois qu’elle visitait Paris.  Devant tout elle s’extasiait ou faisait un commentaire de désapprobation.

Avant de rentrer nous nous sommes arrêtées une dernière fois dans une supérette pour acheter une paire de gants en caoutchouc.  De beaux gants de couleur orange.

Puis, retour dans son petit home sans chaussures.

Avant de se mettre au travail, avant d’enfiler les gants et commencer le ménage, avant toute chose, j’ai tenu à me faire un café, et qu’elle ne fut pas ma surprise en découvrant qu’une des deux plaques électriques ne fonctionnait pas, qu’elle n’était pas utilisable et qu’un bouton ne tenait plus.

Une nouvelle fois, je suis allée chercher mon smartphone, et d’un clic, une nouvelle fois j’ai arrêté le temps, j’ai fixé une image.

 

170410 Plaque électrique chez Mémo

Après avoir bu le dit « café », du café lyophilisé, un café qui a plus pour objet de vous réveiller que de vous apporter un instant de bonheur par son arôme, je me suis empressée de me mettre au travail.

Mains gantées, bouteille d’Ajax d’une main, éponge à double faces de l’autre et, direction, la salle de bain. Après avoir déversé du liquide blanchâtre sur la porcelaine, à l’aide du coté vert, grattant de l’éponge,  j’ai frotté, frotté en y ajoutant de l’huile de coude.

 

170410 Salle de bain serviettes usées

Si vu de loin, on pouvait avoir un sentiment de propreté, en s’approchant de prêt, toute une autre histoire.

Faire un zoom avant et un zoom après pour une publicité « Monsieur Propre n’aurait pu être plus représentatif.

Très rapidement, ce fut la surprise et même la surprise, surprise, car j’ai découvert que le lavabo était bouché, c’est à dire que l’eau ne s’écoulait pas où que très très lentement. Avec un peu de patience le lavabo était propre, mais pas possible de s’en servir.

Puis direction la douche, et cette fois c’est accroupi que j’ai commencé à briquer la porcelaine et toujours avec mes gants en caoutchouc de couleur orange.

 

170410 douche bouchée

Et là, nouvelle surprise, douche bouchée avec un écoulement très difficile aussi. Puis j’ai pris le pommeau de la douche et j’ai tourné le bouton et sans le temps de dire « ouf « je me suis retrouvée aspergée, douchée, plu la peine de me laver le soir même.

 

170410 tuyau de douche avec fuites

Je vous laisse imaginer ma tête, je vous laisse deviner mon état de joie et le comble c’est en voulant ouvrir ce que je croyais être un placard. J’ai tiré un bouton et « patatras de patatras » une sorte de planchette est tombée au sol en faisant un tel boucan que ma brave Raymonde est arrivée affolée, se demandant quel accident avait bien pu se passer.

  • « Ce n’est rien, tout est réparé, j’ai fait tomber… »,
  • « Ah, vous avez vu, le lavabo est inutilisable, la douche également. »
  • « Mais pourquoi n’avez-vous rien dit à E. la curatrice ? »
  • « Parce qu’ils le savent tous ici, parce que le plombier viendra quand de nombreux logements seront à réparer. »
  • « Mais comment faites-vous pour vous laver ? »
  • « Dans l’évier ! »

Du Émile Zola, du Victor Hugo, du… on se croirait au XVIIIème, XIXème et sans exagérer.

Quand je pense que les enfants trouvent parfois que je suis d’un autre temps parce que je refuse d’avoir un four à micro-onde et une télévision ; chez Raymonde c’est cela en dix fois plus, c’est à dire sans four, sans lave-linge, sans rien, sans grille-pain, appareil dont je ne pourrais me passer.

Depuis ce soir, Raymonde a une bouilloire qui va pallier au fait qu’elle n’a plus qu’une plaque électrique. Un grand merci à cette généreuse donatrice.

Puis, je ne sais quelle mouche m’a piquée, mais j’ai ouvert de réfrigérateur, j’ai découvert des boites empilées les unes sur les autres et j’ai commencé à lire les compositions.

Il ne m’a pas fallu 10 secondes pour la moutarde me monte au nez de colère.

Sur ce mon après-midi avec Raymonde s’est terminée, et je suis partie, assez dépitée de ce triste constat.

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