« Attendre ou les Caprices de Raymonde »

J’attends,
Tu attends.,
Il, elle attend,
Nous attendons,
Vous attendez,
Ils, elles attendent.

Il s’est arrêté sur le trottoir, a vu une femme assise qui semblait dans un autre monde. Il s’est penché vers elle et ils ont entamé une conversation.

  • Bonjour Madame, vous attendez quelque chose, vous attendez quelqu’un ?
  • Non, pourquoi me dites-vous cela ?
  • Rien, depuis dix minutes je vous observais et je vous voyais regarder à droite, à gauche, d3 droite, de gauche
  • Je fais ce que je veux, tout de même.
  • Mais je pensais que…
  • Vous pensez trop. Et pourquoi me regardez-vous ?
  • Je trouvais la femme assise sur un banc, belle.
  • Belle, vous vous moquez de moi, Monsieur.
  • Oui, enfin non Madame. Personne ne vous dit que vous êtes belle ?
  • Vous connaissez mon âge ?
  • Euh, non, 70 ans, peut être !
  • Ecoutez, arrêtez vos balivernes, j’ai 85 ans. Oui, 85 ans printemps même, et vous pourriez peut-être avoir un peu plus de respect envers les personnes de mon âge, et les autres aussi.
    Qu’attendez-vous de moi ?
  • Oh, rien, je vous regardais, je trouvais la femme que vous êtes belle assise sur le banc ; belle esthétiquement parlant. Je regrette de ne pouvoir peindre un portrait comme celui que j’admire en ce moment.
  • Là, vous, vous dépassez les bornes, si je puis dire, là ce n’est plus possible à entendre. Et, vous êtes quoi dans la vie ? Vous êtes qui d’abord ?

 

170420 Toulouse Lautrec - Vieille femme assise sur un banc à Céléyran

Vieille femme assise sur un banc à Céléyran

Henri de Toulouse Lautrec – Peintre, dessinateur, lithographe, affichiste et illustrateur français (1864-1901)

Elle le regardait, le visage tournait en sa direction avec en même temps un certain dédain.
Quant à lui, il avait la tête légèrement baissée et observait ses faits et gestes.

  • Je suis comme vous, un être vivant. Je suis un homme, un homme qui passait et je vous ai vu.
  • Que de balivernes racontez-vous ?
  • Je ne raconte rien, je réponds à votre question.
  • Vous avez une façon de répondre, qui me fait bien peur.
    Que voulez-vous savoir ?
  • Oh, rien, c’était que j’avais envie de discuter avec quelqu’un. Je vous voyais, votre façon d’être, votre façon de regarder le ciel, le monde, votre façon de vous tenir assise, dans cet endroit qui n’est ni beau, ni laid.
    Vous auriez pu préférer un jardin public, mais non, vous avez choisi un banc devant une gare, alors je me suis dit que vous attendiez et que peut être qu’à deux le temps serait passé plus vite.
  • Ah vous alors, vous savez parler. Et vous savez les aborder les femmes.
    Oui, vous êtes bel homme.
  • C’est comment votre petit nom ?
  • Moi, c’est Raymonde.
  • Bonjour Raymonde. Oh, pardonnez-moi, j’aurais dû me présenter avant de vous faire cette litanie, moi c’est Gaston. Je suis un peu plus jeune que vous, j’ai 78 ans.
  • Vous êtes bel homme, vous êtes très bien conservé Gaston, pour votre âge. Je vous en aurais donné moins.

 

170420 Photos des bancs en noir et blanc

Tout en parlant il s’est rapproché d’elle, leurs regards se sont croisés. En le regardant elle s’est légèrement décalée sur un côté du banc pour lui faire un peu de place et il s’est assis.

  • Vous permettez ?
  • Oui, pourquoi cette question?
    Vous êtes drôles vous savez !
    Heureusement qu’il n’y a pas que des gens comme vous dans la rue !
  • Oui, je sais et c’est bien ce qui fait tout mon charme.
  • Mais Monsieur a de l’esprit.
    Comme c’est votre petit nom ?
  • Ah oui, Gaston.

Joli prénom. Cela fait bien longtemps que je ne n’avais pas rencontré quelqu’un portant ce prénom.

Et tout à coup, on ne sait pourquoi, elle est tombée vers l’avant, à même le sol.

 

« Attendre »

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre cœur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude,

La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.

Et pourtant, ô mon cœur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.

Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.

A George Sand (IV) – Poèmes de Alfred de Musset (1810-1857)
 

 

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