« Pas de mots pour le dire »

Hier, je sors du travail et comme ce n’était pas loin de chez quelqu’un qui m’est très cher, une dame de 90 ans, il était convenu que je passe lui rendre visite et c’est ce qui fut fait.

Jeanne, c’est le prénom que nous donnerons à cette héroïne.

Après les embrassades, les mots d’affection, après avoir préparé un thé ensemble, nous nous installons confortablement et nous apprêtons à le prendre, quand tout à coup, elle me dit :

  • tenez ma chérie, voici ce que j’ai reçu,

Et tout en me parlant, Jeanne me tend une pochette jaune avec un des feuilles à l’intérieur.

J’ouvre la pochette et découvre un dossier complet avec une facture et divers autres papiers, c’est à dire un devis, un contrat de services d’aide à la personne.

Voyant que je prends dans mes mains la facture, Jeanne observant que je regarde plus en détail ce document, me dit,

  • mais je n’ai rien commandé,

Et c’est ainsi qu’elle me raconte l’histoire.

Le 24 avril dernier, elle rentre dans son immeuble, et comme à chaque fois, utilise l’ascenseur pour accéder au 8ème étage où elle habite seule. En sortant de l’ascenseur, deux femmes d’origine d’Afrique, à leur couleur de peau discutent. L’une, est la jeune femme qui s’occupe d’une petite fille de trois ans, qui habite sur le même pallier, en face de l’appartement de Jeanne, la seconde quant à elle, aide les personnes qui le souhaitent, à trouver du personnel.

Une conversation est entamée et alors que ma brave Jeanne rentre chez elle, la seconde femme, réussit à convaincre notre héroïne de 90 ans et tout en parlant, réussit à rentrer dans son appartement.

Une fois sur place, Madame X, commence à expliquer qu’elle aide à trouver du personnel, et comment cela s’est-il passés, difficile de savoir quand on est pas là, mais Jeanne se retrouve avec un dossier.

Jeanne me raconte l’histoire, mais je ne fais pas plus attention que cela jusqu’au moment où je découvre qu’il y a un devis de la main de Jeanne, disons que je reconnais son écriture.

Puis en tournant les feuilles, je découvre, un autre dossier, c’est-à-dire un contrat entre l’organisme et Jeanne.

Je tourne une, deux, trois et même quatre feuilles avant de découvrir que sur la cinquième est apposé la signature de Jeanne sous son prénom et son nom. Je reviens vers les premières pages et en lisant de plus près, réalise que Jeanne a signé pour 7 heures de ménage et de repassage par semaine, soit le lundi et le mercredi de 9 à 11 heures et le vendredi de 9 heures à 12 heures.

7 heures à 26 euros de l’heure par semaine, soit par mois une trentaine heures, ce qui représente tout de même et en moyenne la modique somme de  près de 800 euros, soit 780 € pour 30 heures et si on veut être précis.

Voyant cela, je ne me pose aucune question et lui dis même,

  • regardez, … , vous avez signé,

 et là j’entends,

  • mais ce n’est pas possible, je ne me souviens pas,

Je n’en crois pas mes yeux et l’informe du contrat bien signé avec cette signature que je connais et reconnais.

Et alors que nous sommes en grand conversation, que le thé commence à refroidir, je lui demande si elle n’a pas une assurance juridique liée à son compte bancaire.

Le numéro de téléphone en poche, je compose le numéro et par chance, la conseillère est à son bureau.

Chance, tout est relatif, Jeanne n’a pas d’assurance juridique.

Puis j’appelle son assureur, et j’entends un répondeur qui m’annonce,

  • nos bureaux sont fermés à 16 heures. Pour joindre quelqu’un il vous est conseillé d’appeler l’après-midi de 14 à 16 heures.

Puis, je cherche sur les pages jaunes les coordonnées de 60 millions de consommateurs, numéros de téléphone que je trouve sans difficulté, et sur ma lancée, je le compose.

Décidément, ces personnes ne sont pas avec nous, j’ai la joie d’entendre une messagerie qui m’annonce que les bureaux ferment à 17 heures.

Sagement, scrupuleusement, comme on voudra, je reprends le contrat et le lis du début à la fin. Nous sommes le 10 mai, le contrat aurait été signé le 24 avril, les 14 jours pour dénoncer le dit contrat, sont dépassés.

Dans l’article 12, je découvre qu’il y a 15 jours de préavis pour rompre le contrat, bref, rien n’est fait pour arranger Jeanne.

Personne n’a travaillé chez Jeanne depuis le 24 avril. En discutant j’ai découvert qu’une personne avait voulu venir travailler et qu’elle l’avait renvoyée sans lui ouvrir la porte, et en disant qu’elle n’avait besoin de personne.

Bref, je prends la décision, de dénoncer le contrat.

  • Nous allons dénoncer de suite le contrat, qu’en pensez-vous ?
  • Mais je n’ai rien signé, oui, je suis d’accord,

Je prépare donc une lettre d’une page entière, une page que Jeanne recopie avec précaution.

Dans la lettre, demande de la résiliation immédiate du contrat même si 15 jours de préavis, mention que rien ne sera payé puisque personne n’est venue travailler.

A cela j’ai ajouté une mention indiquant qu’au besoin, que le dossier serait transmis à un avocat.

J’étais très tentée de compléter « … pour abus de confiance… »

Avant de l’adresser, je prends tout de même soin de la photographier  et de l’adresser grâce et avec mon smartphone à un avocat qui valide ma prose par un OK.

La lettre écrite, je sors précipitamment de l’appartement de Jeanne et  cours à la Poste la plus proche, il est 18h57 quand je franchis la porte. Ouf.
Une cliente et une personne de la Poste sont dans le bureau. Ouf..
Après avoir dit bonjour, je demande un recommandé avec Accusé de Réception, je n’oublie pas de photocopier la lettre, il est alors plus de 19 heures quand je sors soulagée. …

La lettre est partie, ils ont dû la recevoir ce jour.

Et ce soir je suis retournée chez Jeanne vers les 18 heures 30 et comme prévu hier.

Entre temps, Jeanne m’a téléphonée hier pour me redire, que non, qu’elle n’avait pas écrit, qu’elle n’avait pas signé. Tout à coup, je ne sais pourquoi, tout en l’écoutant j’ai un éclair qui me traverse l’esprit et c’est alors que je repose la question,

  • Vous me dites bien que vous n’avez rien signé,
  • Oui, c’est cela même, je ne m’en souviens peut-être pas, mais je n’ai rien signé.

Et c’est alors que me revient en mémoire, la lettre écrite ce soir à la main, que me revient, le contrat de travail et tout en réfléchissant je me dis,

  • Mais, en effet, les signatures sont différentes, la lettre signée par Jeanne ce soir, est chevrotante, alors que celle apposé sur le devis, celle apposée sur le contrat sont des signatures nettes, franches, sans tremblement.

Et, là, intérieurement j’explose, j’explose de colère,

  • Mais comment abuser d’une personne de 90 ans ?
  • Comment abuser de la vieillesse ?
  • Comment faire signer ou même signer un contrat sans l’accord de la personne ?

Ce soir, jeudi 11 mai, je suis retournée chez Jeanne, nous sommes allées ensemble au commissariat de police. Ils étaient trois devant la porte à nous accueillir. Quand j’ai annoncé que nous venions pour un dépôt de plainte, on nous a regardées comme deux extras terrestres ; rapidement, on nous a fait comprendre qu’à la vue de l’heure, il était trop tard pour déposer un plainte. Sourire aux lèvres, clignant des yeux j’ai fait comprendre que ce serait indélicat, pour la personne qui m’accompagnait.

Nous avons été reçues, Jeanne a raconté son histoire. La commissaire en charge de nous interroger, est sortie avec le dossier, on peut espérer pour le photocopier.

Peu après, elle est revenue, nous a expliqué que le mieux serait de revenir dans quelques jours, nous a expliqué qu’il était sage d’attendre le retour de la société de services et qu’en fonction de leur réponse, que Jeanne pourra agir.

Demain, je retourne à la Poste, j’envoie une nouvelle lettre Recommandée avec A.R. avec une nouvelle dénonciation du contrat qui était dans le dossier ou pas, mais que je n’avais par vu, un imprimé à compléter que Jeanne a rempli ce soir.

A cette heure, j’ai demandé à Jeanne de ne rien régler à cette société et surtout, si elle a rendez-vous, curieux qu’elle me demande d’être présente si besoin était.

La leçon de l’histoire, attention à tout, entourons ceux et celles qui sont plus faibles et plus sujets d’abus divers et variés.

Ah l’homme, il peut être le meilleur comme le pire.

Une histoire qui devrait bien finir, mais que de temps perdu, que de peurs pour rien, que de tracas.

C’était, attention ,attention !

 

170511 Le Pont Mirabeau 2

Et je suis passée près du pont Mirabeau et j’ai rêvé, rêvé.

Un rayon de soleil, assise à la terrasse d’un café, je m’imaginais vers les 18 heures avec quelques personnes un petit blanc à la main, quelques olives dans une coupelle et à refaire le monde, parler de tout et de rien, accueillir sur le visage les premiers rayons de soleil.

 

170511 Le Pont Mirabeau 3

Leur rayon de soleil

Ah, Paris que j’aime, ah ce Paris des artistes !  

170511 Le Pont Mirabeau*

Le pont Mirabeau vu du quai Berlioz

En attendant, j’étais non loin du Pont Mirabeau

 

 

Une réflexion au sujet de « « Pas de mots pour le dire » »

  1. Il s’agit d’un abus de faiblesse caractérisé. Non seulement tu dois porter plainte avec ta vieille amie, mais tu devrais aussi appeler le 3977, numéro de téléphone de la Fédération Allo Maltraitance Personnes âgées et Handicapées. On te conseillera sur la marche à suivre;

    Où en est la demande d’APA auprès de la Mairie ?
    Bravo pour ce que tu fais pour cette personne. Je t’embrasse

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