« Une belle histoire » ou « La vieillesse et l’enfant »

« La Peleuse de pommes » 1660 – Kunsthistorisches Museum – Vienne – Autriche

Gérard ter Borch ou Gérard Terburgh

Peintre de genre et de portraits hollandais (1617-1681)

 

Une belle histoire, mais qu’est ce donc ?

J’ai cherché et je n’ai pas trouvé car pourquoi faire ?

Tout cela n’a pas d’importance. Une belle histoire, c’est une histoire qui peut raconter un évènement qui s’est terminé dans la joie et la bonne humeur, ce peut-être l’histoire de la rencontre de deux êtres faits l’un pour l’autre, ce peut être l’histoire d’un homme et d’un animal, d’un enfant qui découvre la vie avec émerveillement, ce peut-être deux vieillards qui meurent se serrant la main, l’un près de l’autre après plus de 75 ans de vie commune, ce peut-être des retrouvailles, ce peut-être surtout ce que vous souhaitez voir et qui se réalise.

Toute histoire est belle, chaque instant de la vie même dans l’épreuve, même dans la difficulté.

Il était une fois, l’histoire d’une femme bien âgée, seule, qui se promenait du matin au soir et du soir au matin. Elle n’avait ni famille, ni amis, elle était seule mais aimait profondément ceux et celles qu’elle rencontrait sur son chemin.

Son seul but dans la vie était de chercher à faire le bien, d’aider l’autre.

Un beau jour d’hiver elle s’approcha d’une jeune femme qui portait un nouveau né dans kangourou, dans une porte-bébé. Au bout de chaque main cette femme portait des gros sacs de provisions, de courses diverses.

Cette femme aux cheveux blancs, à la peau quelque peu fripée par l’âge, s’approche et dit :

  • Bonjour Madame, voulez-vous de l’aide ?
  • Non, merci beaucoup Madame, je n’habite pas loin.
  • Mais même pas loin, je peux vous aider, vous me semblez bien fatiguée et ce petit ne me paraît pas bien vieux, je peux vous porter un sac jusqu’à la porte de votre immeuble.
  • C’est trop délicat de votre part, mais j’ai l’habitude.
  • L’habitude, dites-vous ? Et bien, cela changera de vos habitudes.

Voyant qu’elle n’aurait pas gain de cause, la jeune femme s’arrêta et donna un des sacs à la femme. Puis, à peine les deux femmes marchaient-elles l’une à côté de l’autre que la plus âgée repris la conversation.

  • Il vient de naître ce petit, n’est-ce pas ?
  • Oui, vous avez raison, il a tout juste un mois.
  • Et vous le sortez déjà ?
  • Oui, et pourquoi donc cette question. Je ne vais pas le laisser seul pour faire les courses, il est plus en sécurité avec moi.
  • Autrefois, on ne sortait pas un bébé, autrefois, on n’aurait pas emmené un nouveau-né dans un métro, vous imaginez, les microbes ?
  • Les microbes de quoi ? Il doit se faire ses défenses immunitaires. Et un enfant dans les bras de ses parents, dans les bras de sa maman ne risque rien. Il est en sécurité.
  • Oui, vous avez peut-être raison. Nous les enfants, et les tous petits, on les laissait dans un berceau, ils dormaient le plus possible, puis ensuite on les mettait dans un parc avec des coussins, quelques jeux. Des horaires réguliers pour les repas, des heures de sieste, couchés tôt, une vie tout compte fait rythmée et également loin de l’agitation du quotidien.
  • Et vous ne jouiez pas avec les enfants dès la naissance ? Vous ne cherchiez pas à l’éveiller, à lui faite écouter de la musique, à lui présenter des objets, à lui raconter des histoires ?

170614 Bonne nouvelle - Jeux éveil du tout petit

  • Non, non, pas avant un an, avant c’est un bébé et un bébé doit dormir, manger, être propre, soigné, élevé.
  • Je partage votre point de vue Madame, mais l’éveil, l’éveil du tout petit, cela vous dit quelque chose ?
  • Autrefois, les familles étaient nombreuses Madame, et la mère de famille n’avait pas beaucoup de temps à consacrer aux nouveaux nés. Moi-même, je suis d’une famille de dix enfants, vous pensez que ma mère avait le temps de s’occuper de nous. Notre père est parti à la guerre, il est même mort à la guerre, les derniers de la fratrie avaient à peine, 5, 4, 2 ans. Notre mère a dû travailler dur et très dur, elle n’avait pas le temps de s’occuper de chacun et de tous. Les grands, nous l’aidions. Aujourd’hui, les enfants sont rois, ils sont le centre du monde. Rien n’est trop beau pour eux. Vous verrez dans quelques années, vous verrez ce que cela va donner !

170614 Bonne nouvelle - Gérard Terborch 1617 1681

« Femme cousant près d’un berceau » de Gérard ter Borch

  • Je comprends et partage votre point de vue, mais l’éveil du tout petit, c’est important. Ne dit-on pas que tout se joue avant deux, avant quatre, avant sept ans ? Alors, pourquoi pas ?

Puis, le trajet terminé, la personne âgée déposa le sac devant la porte de l’immeuble et dit,

  • Vous pouvez me le montrer le petit, il est enfoui dans votre sorte de sac, j’aime tellement les bébés.
  • Mais bien sûr.

La jeune femme déposa son sac, puis attrapa l’enfant qui s’était endormi, bercé par les pas de sa mère, et le présenta.

Surpris, certainement, l’enfant ouvra un, puis deux yeux, et voyant sa mère, fit ce que l’on pourrait appeler un sourire. La dame, regarda l’enfant sans rien dire, son regard était comme hypnotisé. L’enfant la regarda fixement. Est-ce le regard de l’enfant devant cette femme inconnue, devant ce visage qui lui était étranger, mais la dite vieille dame sembla gênée puis ouvrit la bouche et dit,

  • Il a le regard vif ce petit, il est intelligent.
  • Mais pourquoi me dites vous cela ?
  • Oh, parce que j’ai été institutrice autrefois, institutrice de garçons et je sais lire dans le regard, je vous le dis, vous verrez, et regardez déjà comme il est éveillé. Les garçons je les aime beaucoup et c’est toute ma vie les enfants.

Au moment de se séparer, la femme âgée dit encore,

  • Si vous avez besoin que je vous le garde le petit, je peux le faire. Je suis en retraite, j’ai du temps et je n’ai pas de famille, cela me fera plaisir de m’occuper du petit et de vous aider. Vous m’êtes bien sympathique Madame.

Ne sachant plus que faire devant une telle tirade, devant un telle proposition, devant aussi une telle générosité, la jeune femme sans trop réfléchir, remis l’enfant dans le Kangourou, repris les deux sacs et dit tout à coup,

  • J’ai un peu de temps, voulez-vous monter chez nous et partager une tasse de thé et des biscuits, voulez-vous venir quelques instants ?

La dame ne se fit pas prier, sans rien dire, elle prit un des sacs de la jeune femme, et tous les trois montèrent dans l’ascenseur.

Depuis cette belle histoire, 20 ans se sont écoulés, depuis ce jour, la « vieille » n’est plus dans le même état, les deux femmes sont devenues amies, et la plus jeune veille sur la plus âgée. La personne âgée, n’a de cesse que de revenir en arrière et de dire

  • Vous vous souvenez quand il était petit, et les autres quand ils sont arrivés, ah, qu’est ce que je les aime ! Ah, ce qu’ils étaient mignons petits ! Comme ils sont devenus grands aujourd’hui ! Ah !

170614 Bonne nouvelle Mère et enfant de

« Mère et enfant »

Samuel van Hoogstraten – Peintre, graveur, poète et théoricien de l’art (1627-1678)

Dans la vie on reçoit et après on donne, ou l’inverse.

Des belles histoires comme celle-là, il y en a et il y en aura encore.

170614 Bonne nouvelle - St Joseph de Jésus de Georges de la Tour 1643 - Musée du louvre Paris

« Joseph charpentier » 1643 – Musée du Louvre – Paris

Georges de La Tour – Peintre lorrain (1593-1652)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s