« A côté de chez nous » – Suite N° 3

Chapitre N° 4 – suite des 6 et 10 avril et du 17 juin 2017.

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Le retour de Raymonde.

Juillet, août, un temps de vacances pour beaucoup, des centres aérés pour les plus jeunes, des camps pour les autres, des séjours linguistiques, des marches dans les sentiers perdus, des escalades, des virées en bateau. .. des vacances à la mer, à la montage, à la campagne, il y en a pour tous les goûts.

Et il y a ceux et celles qui ne partent pas, qui restent confinés dans leurs quatre murs.

Hier j’y suis allée, en réalité c’était prévu depuis ma dernière visite qui remonte à la semaine passée. J’y suis allée chez Raymonde.

Pour une fois, contrairement à mes habitudes je n’ai pas téléphoné à Raymonde pour lui annoncer que j’arrivais.
Une fois arrivée devant son immeuble, j’ai grimpé les quelques marches qui mènent à un palier et là, en grimpant je me suis demandée comment un architecte avait pu construire une maison à caractère social pour personnes d’un certain âge avec 7 -8 marches. Enfin, là est un autre sujet.

J’ai grimpé les quelques marches, tapé sur les touches du code, entendu un déclic et après avoir franchis deux portes me suis retrouvée devant un ascenseur.

J’ai de la chance, il est là.
Ni une, ni deux, j’appuie sur le bouton avec un 5, la porte se referme et me voici dans la cage à grimper.
Le temps passe trop vite car depuis vendredi mais, surtout depuis lundi je dévore un livre de 1000 pages, de 976 pages pour être précise, offert par une cousine.

170712 Livre de Dupuy

Un livre de vacances qui ne demande aucune réflexion particulière, mais surtout une saga romantique, bien écrite, avec des rebondissements, des surprises, des retrouvailles, des moments heureux et tristes comme dans la vraie vie.
Le côté romantique fait un peu rêver quoique certains passages vous font verser des larmes de compassion.

La porte s’ouvre et tout en marchant je continue de lire.
Puis je frappe une fois, deux fois, trois fois, et sans écho.
Je finis par abandonner tout en lisant, tournant les pages.

Au bout de quelques minutes tout de même, j’entends du bruit. Tout cela est bon signe.
Je réitère en frappant ou toquant un peu plus fort, et là, s’ouvre la porte.

  • Bonjour Raymonde,
  • Mais que faites-vous là ?
  • Je viens vous chercher !
  • Me chercher !
  • Oui, nous en avions convenu ainsi, ce sont les vacances et je vous ai invité pour la semaine, vous vous souvenez ? Vous avez même inscrit sur un papier mardi 11 juillet, à partir de 18 heures.
  • Euh, oh, que je suis contente. Alors là vous, qu’vous êtes chouette. Mais j’ai rien préparé.

Ce n’est pas important, on va les préparer ensemble vos affaires.
Ni une, ni deux, le sac est prêt, je ferme les fenêtres de l’appartement, ferme l’appartement à clé puisque maintenant il y a une clé, vérifie que tout soit fermé et bras dessus, bras dessous nous partons pour la région parisienne.

Au fur et à mesure de mes visites, je me tracasse pour cette femme, qui parfois semble partie ailleurs, dans un autre monde.

Je réalise que prendre le métro est de plus en plus difficile et surtout de descendre les marches qui mènent aux quais. Hier nous avons changé à la station Auber afin de récupérer le RER A, aucun escalator ne fonctionnant, elle se tenait des deux mains sur la rampe pour descendre les marches, j’étais quelque peu scandalisée, je pensais à toutes les personnes qui ont une mobilité réduite, à toutes les personnes qui ont des difficultés pour se déplacer et qui n’ont pas non plus, les moyens de prendre des taxis, car les bus ne vont pas partout et le temps de parcours s’en trouve allongé.

Clopin-clopant, nous sommes enfin arrivées à bon port et après une marche santé d’un kilomètre en arrivant à la gare de Maisons-L.

Cela fait près de 16 ans que nous empruntons le même chemin et je constate avec le temps qui passe, avec l’âge qui avance, avec les difficultés de santé liées à la vieillesse, que cela devient difficile et même très difficile pour elle.

Combien de temps pourra-t-elle venir nous voir ? A chaque fois, je me dis,

  • C’est la dernière fois.

On rit de cela, elle en rit et plus que moi car cette femme ne sait pas ce que signifie le mot « se plaindre », elle ne sait pas se révolter, elle vit tout simplement.

Ce matin, c’est le branle-bas de combat, durant une heure, Raymonde cherche ses lunettes. Une fois mise au courant, je cherche avec elle et comme parfois on retrouve un livre dans le réfrigérateur ou un porte-monnaie après son départ, j’ai cherché aussi au milieu de la mozzarella ou de d’autres fromages, produits maintenus au frais…

Ce soir, c’est une voisine qui m’appelle au téléphone affolée,

  • Marie, où es-tu, Raymonde est dehors, elle ne sait plus où elle se trouve, elle va d’un lieu à un autre, elle est sortie la pauv’ petit’ mère…
  • Pas d’inquiétude, M. est dans la rue d’A., il arrive dans quelques minutes.

A 20 heures passées j’arrive comme prévu, un peu plus tard que prévu, rien n’est prêt pour le dîner, M. me dit,

  • Maman, je suis épuisé, elle me parle tout le temps.

Et c’est normal, tout est normal, elle est tout le temps seule, seule comme des centaines, des milliers de personnes… et surtout durant l’été.

Devant cette misère cachée on peut pleurer.

Ce matin, c’est une autre voisine qui m’appelle, mais pour une autre histoire, beaucoup moins drôle cette fois,

  • Bonjour M., as-tu reçu quelqu’un ce matin ?
  • Non, heu, oui, j’ai Raymonde qui est arrivée hier, je suis allée la chercher. Mais pourquoi me demandes-tu cela ?

La voix de cette voisine était curieuse, beaucoup moins enjouée que d’habitude et malgré ses 72 printemps.

  • Que se passe-t-il ?
  • Une femme est venue ce matin dans l’immeuble qui cherchait une personne qui lui a dit qu’elle l’accueillait et j’ai pensé à toi qui ouvre à tout le monde.
  • Non, rien, je fais ce que je peux. Mais, je ne comprends pas ta question, ta demande, ce qui se passe.
  • Une femme d’origine africaine était dans notre escalier et voulait rentrer, elle était enceinte, demandait de l’aide et je ne pouvais rien faire, elle est partie furieuse, et le temps que je ferme la porte, que je regarde dans la rue, elle venait d’enlever un ballon et n’était plus enceinte.

En écoutant cela je tombe presqu’à la renverse et c’est alors que J. me rajoute,

  • La police est au courant, elle va partout pour demander de l’aide, un logement… surtout tu fais attention et tu appelles la police si par hasard elle vient chez toi.

Puis avant que notre conversation se termine me dit de bien fermer les portes…

Une fois le téléphone raccroché, je me suis demandée où nous étions tombés pour en arriver là en France. Mon esprit allait de ma brave Raymonde qui ne demande rien, et à cette femme qui joue la comédie, qui se met un ballon sous la robe pour faire croire que…

En attendant, ce soir, nous avons passé une agréable soirée en dégustant de la polenta gruyère, nous avons eu droit à des descriptions d’arbres, à des commentaires sur les  oiseaux dans les arbres, sur les oiseaux qui ne veulent pas aller dans le marronnier car il est trop haut, sur les fleurs, sur le coucher de soleil, sur ciel qui s’assombrit… des descriptions poétiques bien agréables avant d’aller se coucher.

 

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