« B comme « Bleu » ou comme « Blonde »»

« La Pourvoyeuse » Musée du Louvre – Paris – France

Jean Baptise Siméon Chardin – Grand peintre français (1699 – 1779

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« Il y a quelques jours de cela, je vais rendre visite à une tante et à un oncle que j’affectionne particulièrement, et lors de notre conversation, ils me racontent que leur table de salle à manger a un pied de cassé et qu’ils ont eu beaucoup de chance que le plateau ne se soit pas effondré lors d’un repas de famille.

Ils auraient pu se retrouver à 15 la table entre les genoux pour certains, mais aussi  et surtout avec une hécatombe de belle vaisselle. 

Peut-on imaginer, une jolie table dressée, avec de beaux verres en cristal, de la porcelaine fine, quelques bougies allumées et autres décorations florales sans oublier un ragoût ou autre met en sauce dans un plat en argent… et le tout s’effondrer ?

Après avoir expliqué leur difficulté à trouver un « quelconque » ouvrier, après avoir entendu leurs lamentations sur le sujet, je me suis permise d’en savoir plus et tous les trois sommes allés au chevet de la dite table.
Et là, j’ai découvert une demie table gisante au sol.

Sans trop réfléchir, après un bref coup d’œil, après avoir constaté qu’elle avait déjà été réparée à plusieurs reprises, ni une, ni deux, j’ai proposé mes services en n’oubliant pas d’informer que j’apporterai une perceuse visseuse et le matériel nécessaire pour la réparation.

Date prise, je me suis donc rendue comme prévu hier au rendez-vous et munie des outils nécessaires à la réfection de cette table.

Une fois sur place, embrassades d’affection, l’ouvrier a ouvert sa besace et en sont sortis, un tablier, une perceuse visseuse, des petites équerres et des vis, mais aussi du papier de verre avec des grains de différentes grosseurs, de la colle à bois rapide, et un mètre.

170818 Les outils

« Les outils nécessaires »

Matériel sous les yeux, mon cher oncle a proposé de sortir un établi afin de serrer si besoin est une ou plus exactement deux pièces ensemble.
Si j’ai décliné l’offre, il ne m’a pas fallu longtemps pour revenir sur ma décision et l’un et l’autre sommes allés chercher la table d’un genre spécial.

Puis, tel un ouvrier « lambda », je me suis retrouvée seule au milieu de la pièce, le tablier autour de la taille à regarder comment j’allais m’y prendre pour résoudre l’énigme.

Après avoir poncé le bois, après avoir retiré l’ancienne colle, après avoir surtout gratté dans tous les coins et recoins, j’ai repositionné le pied défaillant à sa place et ouvert la boîte des équerres.

170818 Le pied à recoller

« Un pied à nettoyer avant de l’encoller »

170818 Pied enduit de colle

« Un peu de colle avant d’emboiter les morceaux ! »

Quelle ne fut pas ma surprise en constatant que l’angle des pieds de la table n’était pas de 45° mais plus de 60 °, donc d’une ouverture plus grande.

L’établi plus quelques pinces magiques apportés par l’oncle ont été très précieux, d’un grand secours, et, ni une ni deux, après avoir mesuré d’un œil presqu’averti, j’ai fait jouer à l’équerre le début d’un grand écart.

Au moment de poser la première pièce, j’ai sorti du paquet quelques vis, mais quelle mauvaise surprise en constatant qu’elles ne feraient pas l’affaire, qu’elles n’étaient pas assez longues si je voulais une solidité certaine. En réalité, j’avais oublié d’en apporter d’autres, d’en prendre de mon stock personnel.

Bref, j’ai demandé à sortir sans trop m’avancer sur le lieu de cette escapade qui aurait pu être infructueuse.

L’heure du déjeuner approchant et connaissant la banlieue parisienne pour y vivre, je suis arrivée devant la quincaillerie 2, peut-être 3 minutes avant l’heure de la fermeture, et c’est un « ouf » de soulagement que j’ai poussé.

Un monsieur, la tempe grisonnante m’a reçue. J’ai expliqué brièvement que je venais chercher des vis… tout en demandant si par hasard il n’existait pas des « pseudos » équerres avec une ouverture à 60 °.

Pour la petite histoire, ce brave homme ne connaissait pas, me confirmant que toutes les équerres avaient un angle à 45 °.

170818 Table Froissart la réparation

« L’équerre qui joue au grand écart »

J’ai regardé les vis proposées, une petite fortune quand on achète un paquet. J’ai tout de même acheté.

Une fois à la caisse, au moment où le commerçant me rendait la monnaie j’entends,

  • « Vous savez, cela n’est pas facile à percer, et les vis sont difficiles à faire rentrer. »

Piquée au vif, une seule pensée a traversé mon esprit, et je me suis faite la réflexion suivante,

  • « Il me prend pour une  » Bleue  » ou une  » Blonde  » celui – là !.»

Énervée par une telle information que j’avais peut-être mal interprétée, je me suis contentée de dire avant de lancer un « au revoir Monsieur »,

  •  « Je sais, merci. »

Que ces dames aux cheveux blonds ne me tiennent pas, pas rigueur, blondes, brunes, rousses, blanches ou grises, ces messieurs ont plutôt tout à nous envier !

170818 Table Froissart

« Le second pied est désormais sur pied »

De retour chez mon « employeur » du moment, j’ai terminé la tâche qui m’était allouée et vers les 13 heures 30, après avoir tout rangé, après un petit verre de Porto bien partagé et mérité, nous avons déjeuné sur la dite table.

170818 Bouteille et verre de porto

« Un petit remontant »

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« Prendre un porto »

      D’emblée, c’est hypocrite :

  • Un petit porto, alors !

      On dit cela avec une infime réticence, une affabilité restrictive. Bien sûr, on n’est pas de ces rabat-joie qui refuseraient toutes les largesses apéritives. Mais le « petit porto alors » tient davantage de la concession que de l’enthousiasme. On jouera sa partie, mais tout petit, mezza voce, à furtives lampée.

      Un porto, ça ne se boit pas, ça se sirote. C’est l’épaisseur veloutée qui est en cause, mais aussi la parcimonie affectée. Pendant que les autres se livrent à l’amertume triomphale et glaçonnée du whisky, du martini-gin, on fera dans la tiédeur vieille France, dans le fruité du jardin de curé, dans le sucré suranné – juste de quoi faire rosir des joues de demoiselle.

      Les deux « O » de porto gouleyent au fond de la bouteille noire. Porto, ça roule au fond d’un golfe sombre, avec un port de tête altier de gentilhombre.  De la noblesse cléricale, austère, et cependant galonnée d’or. Mais dans le verre, il reste seulement l’idée du noir. Plus grenat que rubis, c’est de la lave douce où donnent des histoires de couteau, des soleils de vengeance, et des menaces de couvent sous le fil du poignard. Oui, toute cette violence, mais endormie par le cérémonial du petit verre, par la sagesse des gorgées timides. Du soleil cuit, des éclats assourdis. Une saveur perverse de fruit mat où se seraient noyés les débordements, les brillances. A chaque lampée, on laisse le porto remonter vers une source chaude. C’est un plaisir à l’envers, qui s’épanouit à contretemps, quand la sobriété se fait sournoise. A chaque coup de langue en rouge et noir monte plus fort le lourd velours. Chaque gorgée est un mensonge.

Extrait de « La première gorgée de bière » de

Philippe Delerm – Romancier, nouvelliste français (Né en 1950)

 

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« Déjeuner dans l’atelier » – Neue Pinakothek – Munich

Edouard Manet –  Peintre français (1832 – 1883)


 

 

 

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