« Mon ami, Jean d’Ormesson sur l’autre rive » ou « Une lettre qui fait mouche »

9 Février 2017, je ne sais quelle mouche me pique, mais, un beau matin d’hiver, à l’avant veille des vacances de février, je prends ma plus belle plume, une feuille de papier et m’installe confortablement et écris une lettre à Jean d’Ormesson.

Je lui écris avant tout pour lui demander un conseil, et pour lui demander s’il ne serait pas près à me soutenir dans un ambitieux projet.

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Les vacances commencent tout juste, une amie est là, venue passer quelques jours pour se reposer, se détendre. Il est près de midi, quand la sonnerie de mon téléphone portable retentit, impossible de lire un nom, de lire le numéro, c’est un numéro caché.

Je m’empresse de le récupérer alors que nous étions plus ou moins, les mains dans la pâte, à préparer l’entrée ou je ne sais quel autre plat.

« Allô, allo, Bonjour chère Madame, c’est Jean d’Ormesson.»

Puis, plus rien, j’entends une tonalité, la conversation semble être coupée, plus personne au bout du téléphone, que se passe t’il ?

Émue, je laisse mon mobile sur la première table venue, et repars à mes occupations, triste et déçue à la fois, je ne peux le rappeler, il était en numéro caché et doit être de surcroît sur liste rouge.

Puis je raconte à J. que je suis troublée, car il y a trois jours, j’ai déposé une lettre à un des gardiens de l’Académie française et à l’intention de Jean d’Ormesson.

171205 Jean d'ormesson aVRIL 2017

A peine Ai-je le temps de raconter cela, que la sonnerie du téléphone retentit une nouvelle fois, à peine le temps de dire « Allo », d’entendre « Allo », qu’une nouvelle fois la conversation se coupe.

Puis la sonnerie retentit une troisième fois, un nouvel appel, et le tout en moins de 3 minutes. Après je me dis, qu’il a déjà composé mon numéro au moins 3 fois, à moins qu’il n’ait utilisé la touche bis pour la 2nde et la 3ème fois, quelle persévérance !

Lors du 3ème appel, j’entends,

« Chère Madame, je pense que l’un de nous deux doit être sous écoute.»

Puis il rentre dans le vif du sujet.

Et il me raconte que ma lettre était la 105ème de la journée, qu’il reçoit un courrier important chaque jour, et dans un quart de ces courriers reçus, des demandes de ci, de ça.

Il me dit 

« J’ai trouvé votre lettre tellement originale, votre demande tellement ambitieuse, que je vous appelle, et vous propose de venir me voir tel jour à telle heure à mon domicile.»

Il m’explique, que malheureusement il ne peut répondre à tous les courriers, le regrette vivement car le temps qui lui reste à vivre étant compté, son objectif premier, écrire, écrire et encore écrire.

Après toutes ces considérations, je vais donc prendre mon agenda et à la date du … écrit « 18 heures, Jean d’Ormesson – l’adresse et le code de la résidence.»

Le jour « J », arrive, je ne suis pas dans mes petits souliers mes presque, il m’a prévenue, la visite durera 30 minutes et pas une minute de plus.

Avec les transports en commun, on ne sait jamais, faire attendre un monsieur de plus de 90 ans n’est pas digne d’une personne attentionnée, je pars donc très en avance.

18 heures, je me rapproche du portail vert foncé.

18 heures 1 minute, j’appuie sur la sonnette. Il fait un froid d’hiver, j’en ai les mains gelées, il faut avouer que je fais le pied de grue depuis un bon quart d’heure, que je marche, de long en large, en faisant attention qu’on ne me prenne pas pour une catin, qui fait le trottoir !

Peu de temps après, la porte s’ouvre, et là un major d’homme vêtu d’une veste blanche, si mes souvenirs sont exacts, me fait entrer. Je décline mon identité, je n’ai d’ailleurs pas besoin de le faire, j’étais attendue par le Maître.

En arrivant dans le jardin de mon nouvel ami, je découvre sur ma gauche une grande plate bande, d’au moins un mètre  de largeur sur 4, voire 5 mètres de longueur, avec des fleurs.

C’est un tapis de primevères jaunes et blanches qui illumine le jardin à la tombée de la nuit.

Ce que je voie du jardin en face une sorte de portail, de portail en fer forgé qui permet d’accéder vers une autre partie du jardin.

Puis tout en observant, ce jardin dans une pénombre, l’homme me fait entrer dans la maison, par une porte, qui se situe sur ma droite, très certainement un côté de la maison, un peu comme une porte de service, et je me retrouve dans une sorte de boudoir meublé avec goût, avec du mobilier ancien . Un magnifique bouquet trône sur une console, un, deux tableaux sont accrochés aux murs, des portraits.

A peine, ai-je le temps de m’asseoir et après avoir remis mon manteau, qu’on vient me chercher, j’emprunte un petit couloir, franchis deux portes et me retrouve dans un petit bureau avec mon grand homme qui se lève pour m’accueillir.

J’avais apporté, quelques délicatesses faites maisons, biscuits au chocolat et à la rose, friands et autres sucreries, avec une rose de noël cueillie le matin même de notre jardinet.

L’image contient peut-être : nourriture

« Quelques friandises »

Après quelques phrases de courtoisie, l’un et l’autre prenons place. 47 minutes se sont écoulées quand je prends congé. Comme toujours j’ai un carnet sur lequel, j’écris quelques conseils et pour la petite histoire, je les relisais encore la semaine passée.

Trois quarts d’heure à refaire le monde, à parler de tout et de rien.

Puis, de retour, j’ai quelque peu attendu pour ne pas submerger mon nouvel ami de courrier et comme la première fois, trois jours ou même le surlendemain, je recevais un nouvel appel.

Et la suite, au prochain épisode.

En attendant, je rends grâce pour ce moment privilégié, pour cette rencontre très agréable, pour cet échange très enrichissant et je réalise toute ma chance.

Un de plus qui s’en est allé trop tôt.

Merci Maître, pour votre talent, votre éloquence, votre élégance à la française !

💙   💙   💙    💙   💙    💙   💙

Un texte de mon ami Jean d’Ormesson qui résume en quelques lignes ce qu’il faut faire et ne pas faire !

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2010092639237817&id=1423013094612444


2 réflexions au sujet de « « Mon ami, Jean d’Ormesson sur l’autre rive » ou « Une lettre qui fait mouche » »

    1. J’ai été vraiment très chanceuse et gâtée de pouvoir le rencontrer seule, de discuter avec lui au calme et en vérité. C’est un cadeau inestimable. En son temps j’ai rencontré, il y près de 30 ans déjà, Jacques de Bourbon-Busset. Un grand homme aussi ! Un autre académicien.

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