« A côté de chez nous » suite N° 5

170604 Intérieur de Charles Tranchant

Chapitre N° 6 – Suite des

  • 5 avril2017
  • 10 avril 2017
  • 17 juin 2017
  • 12 juillet 2017
  • 9 novembre 2017

Samedi 16 décembre, mon emploi du temps de la journée est organisé depuis des semaines et même des mois. Pas de retour d’étudiants, c’est comme un vent de liberté.

L’après midi est occupée, le matin, la visite hebdomadaire du marché avec une amie, en fin de matinée j’ai même prévu de faire une surprise et d’aller retrouver quelques couturières « laborieuses ».

Tout est organisé, et pourtant, quelque chose me taraude, je n’ai qu’un nom qui me résonne en tête depuis la veille, celui de Raymonde, Raymonde, Raymonde.

Vers les 20 heures, comme souvent, je compose son numéro.
A peine le temps d’entendre deux sonneries, qu’elle a décroché.

  • Allô, c’est vous ?
  • Oui, Raymonde, c’est moi, comment allez – vous ?
  • Oh, je pense tout le temps à vous, à votre mari, mais souvent au trois petits, ils travaillent bien à l’école ?
  • Vous savez, les petits ils ont 16, 19 et bientôt 21 ans, ils sont tous les trois plus grands que moi, maintenant !
  • Ce n’est pas possible !
  • Si, si !
  • Il y a si longtemps que je ne les ai pas vus !
  • Mais non, vous êtes venue, il n’y a pas longtemps pendant les dernières vacances !
  • Je vous appelle pour vous dire que je viens vous chercher, j’ai des engagements mais vous connaissez l’appartement et je ne serais absente que quelques heures dans l’après midi.
  • Oh oui, et puis j’irais voir les poules, je prendrais un livre et je vous attendrais.
  • Oui, je rentrerai vers 18 heures 15, on ira faire des courses ensemble.

Samedi, hier, de bon matin, je ferme la porte de l’appartement, il est à peine 8 heures, me voici dans la rue pour récupérer le RER. 5 minutes avant d’arriver chez Raymonde, je téléphone,

  • Allô Raymonde, je suis dans le bas de votre immeuble, j’arrive !
  • Déjà ? Mais rien n’est prêt.
  • Ce n’est pas grave, je vais vous aider.

Puis je raccroche, compose le code de la porte d’entrée, franchie la porte vitrée, puis une seconde porte, cette fois elle est battante, en bois peint en rouge et me voici devant l’ascenseur.
La loge est fermée, il n’y a une permanence, que du lundi au vendredi. C’est un HLM de la ville de Paris pour personnes âgées.
Durant plus de 48 heures, le week-end, c’est le néant, si ce n’est que vous pouvez appeler et quelqu’un vous répondra.

Arrivée au 5ème, je sors de l’ascenseur et emprunte le couloir. Une fois devant chez Raymonde, je donne un coup de sonnette et entre. Sa porte d’entrée n’est pas fermée. Elle est là, fait quelques petits rangements.

  • Déjà, Oh, que je suis contente de vous voir !
  • C’est réciproque. Vos affaires sont prêtes ?
  • Non, vous êtes arrivée si vite !
  • Ce n’est pas grave, on va les préparer ensemble.

Comme souvent je vais ouvrir son réfrigérateur, une habitude. Je regarde qu’elle ait ce qu’il lui faut et surprise, un réfrigérateur vide, propre, on pourrait même croire qu’il vient d’être livré.

L’image contient peut-être : intérieur

Interloquée, je lui demande, je lui pose une question un peu stupide,

  • Vous avez pris votre petit déjeuner ce matin ?
  • Non, je n’avais rien.

Et c’est alors que je fais le tour de l’appartement, j’ouvre les placards, tout est vide. Je vais chercher ses papiers, rien, tout est vide, je cherche, vais dans la salle de bain, plus de lumière.

  • Vous n’avez pas dans lumière dans la salle de bain !
  • Oui, ce n’est pas grave, je laisse la porte ouverte.

Une fois l’inspection faite, je prends un petit sac de voyage et le remplie.

  • Je voudrais apporter une surprise aux petits, mais je n’ai rien !
  • Vous savez, ils sont grands maintenant et ils sont assez gâtés.
  • Oui, mais je sais, ils aiment le chocolat.
  • On verra. On y va !

L’image contient peut-être : une personne ou plus, chaussures et nourriture

Dix minutes se sont à peine écoulées que bras dessus, bras dessous, nous voici dans la rue, nous voici dans le métro.
J’ai sa carte Navigo, et au moins je sais qu’elle n’est pas perdue.
Arrivées à la station Auber, nous descendons du métro pour changer et prendre le RER, nous passons devant un relais et je commande la formule à 2 euros, café, viennoiserie.

Avec insistance, je réussis à lui donner le pain au chocolat qu’elle prend tout compte fait de bon cœur. Une fois de plus, elle veut cependant  que l’on partage, elle veut que j’en prenne un morceau. Difficile de refuser devant autant d’insistance et accepte un petit morceau. Pendant ce temps, je prends le café et apprécie qu’il soit bien chaud.
Raymonde ne voulait rien boire.

Puis ils est aux alentours de 10 heures quand nous approchons de l’appartement, nous rencontrons dans la rue, une personne de connaissance commune.

Toutes les trois arrivées, je prépare un thé ou un café, car l’appartement n’est pas très chauffé. Un châle sur le dos de Raymonde et c’est parti pour un moment d’amitié.

Le déjeuner terminé, je constate qu’à certains moments, que tout n’est pas cohérent, que ses dires vont et viennent. Je propose a une voisine qui la connaît bien, de venir prendre un thé après le repas. En sortant, elle n’ à qu’une phrase,

  • Elle perd la tête Raymonde.

Désemparée, j’annule mon rendez-vous de l’après-midi.
Puis tout à coup comme si un vent de folie s’était abattu, je l’entends me dire,

  • Mais, qui êtes vous ? Pourquoi me suivez vous ? Je suis grande, je n’ai besoin de personne.

L’image contient peut-être : 1 personne, plante et fleur

La femme part dans un délire tel, que je ne sais plus que faire. Il était prévu qu’elle reste dormir cette nuit, mais là, je réalise que ce n’est pas possible. Ce n’est plus Raymonde, la Raymonde que je connais qui est là, c’est une étrangère agressive.

Sans avoir le temps de le réaliser, elle est dans la rue à parler fort, à m’agresser verbalement en demandant à qui veut l’entendre,

  • Qui êtes – vous pour me suivre ? Mais je ne vous connais pas ? Mais où suis-je là ?

A force de persuasion, elle rentre je vais chercher ses affaires et nous repartons.
Au bout de quelque temps, alors que nous sommes sur le trottoir en direction de la gare, elle me dit,

  • Pardon Madame, pardon, je crois qu’il faut que j’aille voir quelqu’un, un médecin !
  • Ce n’est pas grave Raymonde, mais vous avez raison, on va prendre rendez-vous avec un médecin et verra le mieux pour vous.

Et nous continuons notre route jusqu’à son appartement. Il est 17 heures passées, la nuit tombe déjà.
Nous passons devant l’immeuble où elle habite, elle le reconnaît.

  • On va faire quelques courses Raymonde, du pain, de la viande, fruits, un plat à réchauffer.

Puis, nous rentrons. A peine arrivées, je vais vers le réfrigérateur. A peine ai-je ouvert le réfrigérateur que je constate qu’il est aussi Immaculé que ce matin.
Personne n’est venue.
Personne n’a apporté des plats pour le week-end.
Bien sûr, il est impossible d’avoir qui que ce soit.
Je décide de ressortir et de compléter les courses faites un quart d’heure avant.

Avant de sortir j’ai pris la précaution de lui couper des tranches de pain aux canneberges et noisettes dont elle raffole, et des minis pies de chez Mark & Spencer.

Je rentre à nouveau et cette fois avec des compotes, des crèmes, des plats à réchauffer. ..

Puis je l’embrasse, on se dit un « à bientôt » et je pars.

Obnubilée par ces heures, je n’ai qu’une pensée en tête « Et dire que …, dire qu’elle aurait pu passer le week-end sans manger ! »
Je n’ose croire à cela.
Aujourd’hui c’est dimanche, je vais faire un détour pour aller lui rendre visite et vais dans la journée envoyer un courriel à la curatrice.

Que s’est il passé ?
Que se passe-t-il ?
Je constate qu’elle ne peut rester seule ?
Je constate qu’elle va être enfermée dans une structure mais que puis je faire d’autre ?

C’était, une petite voix m’a dite :
« Va voir Raymonde ! »
Et j’y suis allée.

L’image contient peut-être : fleur, plante et plein air

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s